Les filles, ce n’est vraiment pas comme les garçons. Et je ne parle pas des différences physiques. Non, les filles, ça n’a pas de tête et surtout, pas de logique. Pas la même logique que celle des garçons. Et ça n’a pas la même tête non plus parce que les filles, ça pense à plein, des tas de choses mais pas forcément à celles auxquelles il aurait fallu penser. Et ma cousine, pour ça, c’est bien une fille, tiens. Parce que franchement, oser fêter ses cinquante ans en même temps que la Fête Mondiale de la Danse à Bordeaux… du coup, moi, au lieu d’aller participer à la cousinade du dimanche, comme j’étais réquisitionné pour le reportage photos et assurer un peu la sécurité du cortège déambulatoire des danseurs et des musiciens, j’ai dû y aller le samedi, avec ses amis, ses anciens et ses nouveaux collègues et je me suis senti un peu pas à ma place. Non pas que je n’ai pas accepté d’y être mais plutôt que je ne l’ai pas vraiment trouvée. Ce n’est pas grave, j’ai bien ri quand même, j’ai revu un cousin que je ne vois jamais et qui ne m’a pas reconnu alors que moi, oui, je l’avais reconnu même si plus petit, plus gros et plus vieux. Non, moi, j’ai arrêté de vieillir il y a dix ans, alors, tu aurais justement dû me reconnaître. Mais bon, j’avais des verres teintés et c’est probable que ça l’ait induit en erreur. Pas grave. Même pas mal et même pas peur non plus, alors, je m’en fous l

En plus, il a fait un peu froid, samedi et ça n’a pas arrangé le tout alors que dimanche, hier, il a fait un temps estival pour cette espèce de festival de la danse dans les rues, sur les places et sur les quais de Bordeaux. Oh, je ne sais pas, nous étions bien plusieurs centaines mais peut-être pas trois cents quand nous partîmes du Grand Théâtre mais par un prompt renfort et sans vent fort, nous étions bien plus que ça quand les badauds nous ont rejoints, suivis et que nous n’avons pas réussi à les semer. Il faut dire que ça ne va pas vite un défilé de danse avec, en première ligne, une espèce de danse légère, traditionnelle sur une musique un peu entêtante et que les gens esquissent toujours le même pas, double pas et quelques pastourelles histoire de montrer que la terre ne tourne pas aussi vite qu’eux. En queue de défilé, il y avait les plus bruyants un peu comme si c’étaient des enfants dissipés et indisciplinés, tapageurs et chahuteurs, hyperactifs, quoi. C’étaient les tam-tams et les percussions accompagnant les filles de la danse africaine. Je ne vous dis pas le ramdam surtout quand la queue rejoignait la tête et que les deux styles se mélangeaient de façon pas toujours très harmonieuse, il faut bien le dire. Parce que les binious, l’accordéon et la flûte n’étaient pas très enchantées de se voir prendre le dessus par ces rythmes venus de bien trop ailleurs. Mais chacun a fini par respecter l’autre et tout le monde a retrouvé sa place, celle qu’il méritait.  

Bien sûr, les filles, c’est toujours bien plus nombreux dans les écoles et les compagnies de danse et hier, c’en fut la preuve par une certaine forme d’absurde : un groupe de plus de cinquante filles et femmes avait cette élégante et amusante incongruité de se voir entourant un jeune danseur d’une quinzaine d’années, un vrai petit prince au royaume des filles. Comme un jeune sultan au milieu de son harem. Il y avait malgré tout deux fois plus de représentants masculins dans le groupe de la country. Et encore plus dans les danses de salon ou de société. Un peu dans les danses africaines mais je pense qu’on avait moins de 5% de mecs au milieu des 98% restant de nanas. Je sais, le compte n’est pas bon mais c’est pour augmenter cette impression de décalage. Bon, moi, j’ai bien fini par participer à un cercle circassien où là, alors que le public était justement convié à entrer dans la danse, on a bien dû atteindre les 25% de représentation mâle. C’était un mâle pour un bien, quoi. Alors, les filles, pour une fois, elles ne se sont pas plaint que la parité n’était pas respectée. Voyez comme elles dansent quand elles sont entre elles et voyez comme elles oublient qu’on est là, nous aussi. Alors que moi, je trépignais pour leur montrer comment je danse. Mais j’ai su raison garder et contre mauvaise fortune, faire bonne retenue. De toute façon, j’avais tant à photographier…