Ferme la porte, bonheur et parle plus bas car on pourrait bien nous entendre. Ce que j’ai à te dire, dans ce monde où tout pourrait être sur écoute, surveillé, filmé, enregistré, j’aimerais que ça reste entre nous. Parce que ça y est. Maintenant que la date est validée par le dépôt du dossier à la mairie, nous entrons dans la dernière ligne droite avant l’union sacrée. Mais comme la dame qui nous a reçus hier après-midi nous a demandé combien d’invités nous avions prévu pour la cérémonie, je lui ai dit une quinzaine, pas plus, je ne peux plus revenir en arrière. Nous serons dans un salon adapté à notre nombre. Parce qu’il va y en avoir une vingtaine, ce samedi 14 juin, des mariages à la pelle comme les feuilles mortes qu’on ramasse en automne. Et donc, je ne peux pas donner l’heure ici pour ne pas que des gens s’invitent au dernier moment et fassent que le salon soit trop petit pour les contenir parce que déjà, s’il y a de l’émotion, elle aussi, il faudra la contenir. Alors bon, je ne vais pas donner l’heure mais je vais juste laisser un indice pour voir s’il y a des perspicaces parmi les lecteurs non officiellement invités. Ça se passe entre deux et trois. Au niveau de la fin de la deuxième guerre mondiale. Mais chut, je n’ai rien dit. Parle plus bas car on pourrait nous entendre et ferme la porte, bonheur.

À propos de bonheur et de porte, c’est aujourd’hui le jour dont on ne sait plus vraiment trop quoi : est-ce la fête du travail, jour férié pris comme tel sans aucune conscience socio-politique ou fête du muguet et donc du bonheur sur commande ? Un peu les deux, camarade non syndiqué et même non camarade syndiqué. Un peu des deux. Oui. Et j’en suis fort marri. Non pas encore, pas avant le 14 juin. J’en suis donc un peu contrarié. Parce que ça rime à quoi cette fête de la revendication syndicale sans aucun recul ? Ça rime à quoi ce niveau d’abstention à l’Assemblée Nationale ? Parce que moi, si je vote pour un député mettons socialiste, ce n’est pas pour qu’il mette le gouvernement en péril lors d’un vote important sous prétexte qu’il veut tirer le signal d’alerte. En gros, tous, ils déplorent les niveaux d’abstention lors des élections municipales, présidentielles et législatives (sans oublier les bientôt européennes) mais ils font pire en s’abstenant eux-mêmes sous des prétextes non recevables. À cause de tout ça, je me demande si le bonheur est encore dans l’après. Dans des lendemains qui chantent ou qui ne feront que du karaoké. C’est malin, si les socialistes et les écolos s’abstiennent, pour qui vais-je pouvoir voter, moi, maintenant ?

Ça ne fait rien, aujourd’hui, c’est le jour où toute la France s’arrête de travailler et où une seule profession fait le plein : les vendeurs de muguet d’un jour. D’ailleurs, dès 7h00, ce matin, en bas de chez moi, il y en avait deux d’installés avec leur brins individuels vendus par deux, les brins vendus avec des roses et des viennoiseries qui viennent d’on ne sait zou. Alors, sans m’habiller, je suis descendu en pantalons d’intérieur, en tee-shirt pour traîner et en sandale et je suis allé acheter un double brin qui valait 2,50€ mais comme je n’avais pas l’appoint, je l’ai eu pour 2.00€ tout ronds. Ça ne valait pas plus car plusieurs clochettes ont déjà bien vécu. Je l’ai mis dans un petit vase sur la table du petit déjeuner tout en tenant mon porte-monnaie mal fermé et en voulant tourner les deux brins, des pièces sont tombées sur la table et une dans le vase. Comme quoi l’argent liquide voulait couler à flots, ce matin. Je l’ai récupéré après avoir hésité à laisser la pièce glisser vers le fond (seulement le milieu du vase, un peu serré) au cas où ça aussi, ça porterait bonheur. Comme dans les fontaines. Mais non, un euro, ça ne se laisse pas comme ça. On ne sait jamais. Si j’en avais besoin avant la fin du mois. Alors voilà, maintenant que vous savez tout, que tu sais tout, on va pouvoir rouvrir la porte, bonheur et parler normalement.