Je suis rarement le nez en l’air quand je prends le tram car j’ai toujours soit un livre en cours, soit du courrier à lire, soit un jeu (intellectuel : Scrabble, Boggle ou Pendu) à terminer. Je reste assez rarement contemplatif dans les vues urbaines qui défilent sous les yeux de tous les passagers mais parfois, observateur de mes congénères quand l’occasion se présente, que ça me fait sourire ou que ça me met hors de moi. Et quand on sait que l’un et l’autre, cumulés, ça représente 97% de mes émotions et de mes états d’âme en tant que voyageur abonné de la Connex… on est en droit de se dire qu’il me reste vraiment très peu de marge. C’est ainsi. Et là, j’ai noté dans un coin de ma tête et dans un coin de document Word deux ou trois choses que j’ai vues récemment. Allez-vous donc savoir pourquoi je précise deux ou trois choses alors que je sais que n’en citerai que deux car je n’en ai vu que deux ? C’est encore ainsi. C’est ainsi sois-je. Comme le chantait une certaine Mylène, il y a quelques années alors que j’étais encore quelqu’un dans la force de l’âge, de ses croyances et de son avenir. Tout fout le camp, ma bonne dame. Mais ceci sera peut-être une autre histoire si l’envie d’en parler me prend, un autre jour, demain, dans une semaine, dans un an ou dans un siècle. Dans une éternité.

La première chose que je voudrais évoquer, c’est ce que j’ai vu avant-hier, lundi matin, en revenant de chez Auchan avec mon caddie plein de victuailles hors celles que je prends le dimanche matin au marché. Je fais toujours l’ouverture de chez Auchan, le lundi matin, à 8h30. Ça n’a rien à voir avec l’ouverture de Rienzi ou que sais-je encore. Rienzi, ça n’a pas d’horaire. C’est où on veut et quand on veut. Alors que Auchan, non. Peu importe et passons à la suite sans passer par la case départ et donc, sans toucher les 20.000 francs qui me faisaient rêver quand j’étais petit et que nous avions cette chance incommensurable de jouer au Monopoly. Passons, viens-je de dire : en revenant de chez Auchan sans mon petit pot-au-lait, j’ai regardé par la vitre du tram et j’ai vu un lavabo ou un évier (à moins que ce ne fut l’inverse) se promener sur le trottoir des numéros paris de ma rue. J’ai cru avoir une berlue mais non, les soubresauts du tram ont fait que je me suis un peu cogné contre la portière et donc, j’ai su que je ne rêvais pas. Un grand évier en inox. Avec un seul bac mais une grande paillasse. Qui avait l’air de savoir où il allait. Et quand il y a eu un trou dans les voitures stationnées, j’ai vu ses jambes. Celles de l’ouvrier qui le portait à sa destination. Cocasse et saugrenu. Ça m’a fait sourire alors que franchement, en ce moment, il n’y a vraiment pas de quoi.

Et aujourd’hui, en allant chercher des papiers chez mon podologues, mon faiseur de semelles orthopédiques (ortho, je veux bien mais pédiques, attention à ne pas tomber dans la diffamation, hein ?), au coin de ma rue, là-bas et de la rue Ravez, je vois un motard en cuir arrêté par deux policiers. J’ai supposé que le motard avait commis une infraction au code de la route. Excès de vitesse ou feu noir (feu rouge brûlé.) Ou alcoolisme au guidon, dis-donc. En soi, ce que je décris n’a aucun caractère exceptionnel ni insolite. Je le sais. Mais il vous manque l’essentiel et c’est pour ça que j’ai surtout envie de croire qu’il s’agissait d’un excès de vitesse. Parce que sinon, autant passer à autre chose voire aller se coucher. Vu le temps qu’il fait aujourd’hui… Oui, donc, je disais : excès de vitesse. Et les deux policiers (ou gendarmes ?) l’avaient rattrapé et fait s’arrêter le gros motard barbu pour le contrôler et le verbaliser. Et le plus singulier de l’affaire, c’est que nos deux agents de la force de l’ordre étaient à bicyclette eux. Et là, je me suis dit que chapeau les gars, vous avez dû pédaler comme des malades pour rattraper le motard qui allait déjà trop vite. Et ça prouve aussi que les flics, qui sont déjà au-dessus de la loi du Code de la route en voiture, le sont aussi à vélo. Mais ça, ça ne fait rien, alors que je suis à l’abri chez moi, ça m’a fait sourire et ça, ça n’a pas de prix.