C’est incroyable toutes ces tempêtes que nous subissons ces jours derniers et même ce mini tsunami, hier en retournant voir comment allait Tom à la ferme, si son stage se passait bien et s’il s’en sortait. Ce mini tsunami quand, en ne regardant pas où j’ai mis les pieds, j’ai marché dans une flaque d’eau d’une profondeur insondable et de ce fait, je me suis mouillé toute la chaussure mais pas que : le bas du pantalon et la chaussette. Une façon de rester humide pour ne pas oublier, à chaque éclaircie que c’est bien une dépression qui fait la loi et non pas un anticyclone. Alors, je suis donc retourné dans cette ferme du Québec, en catimini, en voyeur et j’ai regardé comment les choses se passaient. Et elles ne se passaient pas aussi bien que ce que Tom voulait nous faire accroire parce que Tom, on ne sait pas s’il est fier et orgueilleux, soumis à son deuil et dépassé par les événements  ou/et faible par nature car dépendant de ses envies, de son corps et qui sait, d’une certaine forme de masochisme. Mais que pouvais-je donc faire pour lui si ce n’est de lui dire de partir ? Mais Tom s’est pris à son propre piège et a dû se croire à Stockholm alors qu’il n’était que dans une ferme canadienne. Tom n’est jamais et toujours que l’otage que de lui-même. Un narcisse qui s’emprisonne tout seul.

Il en va de certains voyages en salles obscures comme quand on est en avion et qu’on traverse des turbulences. À la seule différence que dans les cinémas, on sait qu’on est protégé et que tout dépend de notre degré de pénétration dans le film qu’on est venu voir. Et moi, ça fait deux fois que je suis allé voir celui-ci parce que l’occasion m’en a été donnée et qu’elle était presque trop belle pour passer à côté d’une seconde lecture. Et peut-être est-ce le côté de moi qui s’identifie facilement aux personnages de roman ou de cinéma qui a eu besoin de s’en imprégner encore. C’est tellement plus confortable de vivre des grandes choses par procuration. Qu’était ma chaussette humide et mon pied un peu froid au regard d’une course effrénée dans un champ de maïs qui m’aurait lacéré les poignets comme autant de couteaux ? Qu’était mon bas de pantalon mouillé au regard de ce tango imposé avec celui qui aurait été mon bourreau et dont j’aurais secrètement aimé qu’il devienne ma victime ? Chacun en proie à tous les doutes l’un de l’autre. Qu’étaient mes envie de tousser pendant le film au regard de toutes ces violences infligées par le frère de Guillaume, fermier violemment primaire mais justement si attachant. Justement parce que c’est son frère…

On vit parfois des moments comme si c’était impossible de passer outre. Comme s’il n’existait pas d’autres choix. Ce sont des évidences qui nous emportent comme la foule. Comme des baïnes. Comme un envie de partir, envie de plus en plus irrépressible. Et quand on arrive à s’avouer sa propre faiblesse, ce que j’ai fait hier, je n’ai eu qu’une envie, celle de dire à Tom de partir. Pars, et ne nous dit pas que tu restes pour la mère de Guillaume, non, on sait que c’est pour Francis que tu restes. On sait que tu cherches Guillaume à travers sa mère et son frère mais tu ne pourras jamais partager leur douleur et eux, ne pourront jamais partager ta propre douleur. Que tu as la décence de ne pas leur montrer mais ça fait partie de vos mensonges respectifs pour tenter de vous rendre acceptable et supportable la vie d’après, d’après Guillaume. Alors, non, tous les lundis ne sont pas au soleil et ce matin, alors que le jour se lève mornement, froid et humide comme le chagrin, je repense à tout ça, à toi, blondinet des villes, à elle la mère courage qui hésite à sombrer dans la folie et à lui, à ce redneck à qui on voudrait tous dire non. Comme dire non à la douleur. C’est impossible. On est obligé de faire avec. De le subir. Parce que derrière tout ça, il y a une attirance morbide. Celle de l’opposition des contraires.