J’étais tranquillement en train d’éplucher une énième botte d’asperges (j’ai l’impression de ne faire que ça depuis dimanche matin) quand, de la cuisine, j’entends une voix qui me semble familière, à la radio, sur Fip mais le bruit de l’économe sur les longues asperges blanches m’empêche de bien reconnaître et la voix et la chanson. C’est Dave ! J’en suis sûr. Ils passent Dave sur Fip ! Incroyable ! Mais sans doute Dave dans un morceau classique. Ils se dévergondent, chez Fip. Je les écoute souvent, tous les jours mais jamais encore je n’y avais entendu Dave. Une fois, Sheila, je m’en souviens. Une erreur de programmation, sans doute. Mais Dave, jamais.

Alors, je me suis vite rincé les mains car l’odeur des asperges sur les doigts, c’est assez moyen quand on veut faire autre chose, ensuite. Ça laisse des traces olfactives dont on se passerait bien et donc, un petit coup de savon, un petit coup de torchon et le tour était joué, j’ai pu venir sur le PC et ouvrir la page Fip et consulter ce qui venait de passer à l’antenne. Je m’attendais à une Schubertine ou à une petite Straussade mais non, que nenni (comme soit celui qui mal y pense) ou alors, une petite Proustatite ? Car Dave, c’est quand même celui qui a le mieux adapté Proust en musique. À chaque fois qu’il avait envie d’aller faire un tour du côté de chez Swan.

Et devant ce qui était affiché sous mes yeux, je n’en croyais pas vraiment mes lunettes et je me suis dit que la page web de Fip n’était pas mise à jour. Alors, j’ai cliqué là où ça fait du bien pour rafraîchir la page et j’ai fermé la fenêtre pour ne pas faire courant d’air car je trouve que cette après-midi, il faisait déjà assez froid comme ça. Et j’ai de nouveau regardé la page Fip et je m’en suis retourné à la cuisine parce que c’est bien beau, tout ça, mais les asperges, ça ne souffre pas forcément qu’on passe beaucoup de temps sur Internet pour la culture personnelle. Et j’ai un peu ruminé. Comme certaines marguerites que j’ai plus ou moins connues dans des prés ou des verts pâturages.

Oui, j’ai ruminé car ça ne me convenait pas, cette réponse. J’ai d’abord pensé que ce foutu Internet pouvait aussi se tromper. Mais pas Fip. Si ? Combien m’en restait-il encore de ces asperges ? Ils auraient quand même pu ficeler les bottes avec des asperges d’à peu près le même calibre. Comment j’allais faire pour les tronçonner de façon à ce qu’elles blanchissent toutes de la même façon, s’il y a des petites et des grosses. Blanchir les asperges, ça m’a quand même fait un peu sourire car dans ce monde de brutes, c’est toujours mieux que de blanchir de l’argent sale. Mais de ça, on ne va pas en faire tout un plat. Alors que des asperges, oui.

De toute façon, je devais être marqué par une espèce de fatalité puisque j’attendais les Nagel qui devaient venir chercher le carton de vins offerte par le patron qui était malheureusement absent pour affaires, aujourd’hui. Et moi, je leur avais préparé deux boîtes de foie gras pour ne pas être en reste. Et au milieu de tout ça, j’en avais un peu gros sur la patate. Parce qu’il ne s’agissait pas de Dave, non. C’était Nina Hagen qui interprétait « Der Wind hat mir ein Lied erzahlt ». Rien à voir avec Dave. Ou alors, peut-être Dave Hagen, un allemand qui a dû chanter Vanina Hagen. Mais quand on en arrive à confondre Dave et Nina Hagen, je pense qu’il est temps de freiner sur les asperges.