On dit que les plus courtes sont les meilleures mais je pense que ça ne vaut pas, que ça ne marche pas avec les nuits. Car les plus courtes sont évidemment les moins réparatrices. Les moins bonnes pour ne pas dire les pires. En bon bâtisseur du pire, de chaque nuit qui s’égrène je ne fais qu’une bouchée. Sans prendre le temps de bien en apprécier les saveurs. Du coup, cette nuit, avec une heure en moins, avec une nuit amputée, comment voulez-vous que je m’en sorte honorablement ?

Changement d’heure ? Changement d’heur, oui. Tous les six mois et plus particulièrement, tous les ans, au moment de passer à l’heure d’été, je n’aime pas ça du tout et je me dis que c’est pure folie hypocrite. Alors, ce matin, je me suis levé non pas de mauvaise humeur mais pas de bonne humeur du tout, non plus. Je me suis levé comme si je n’étais rien qu’une espèce de condamné à mort à qui on venait d’apprendre qu’il était gracié à la dernière minute.

Je n’en suis pas vraiment revenu et comme, après une telle nuit, mes neurones n’en ont fait qu’à leur tête, plutôt mal an que bon an, je n’avais envie de rien que celle de revenir en arrière, de revenir à l’heure d’hiver, à cette heure qu’on passe facilement chez soi, recroquevillé sur le canapé, bien au chaud pendant que dehors, les intempéries périssent le monde. Et pendant que seuls les inconscients traînent dans les rues comme si ça avait la moindre once d’intérêt.

Et ce que j’aimais bien, avant, jadis et naguère, pendant l’heure d’hiver, c’était de me vautrer dans des livres qui parlent des beaux jours, des étés certainement futurs mais encore incertains et tellement lointains. Je viens de finir celui de Véronique Olmi, « Cet été-là » dont j’ai retenu : « Je préfère le voir comme il a choisi que je le voie. S’il veut me cacher des choses parce que ça lui fait du bien, c’est son droit. Je ne suis pas pour la dictature de la vérité. On a le droit de créer sa propre légende. »

Voilà, chaque montre, chaque pendule, chaque horloge, chaque appareil avec l’heure intégrée et chaque mécanisme du temps a été remis à sa place. Celle qui lui était due de façon obligatoire pour ne pas dire autoritaire voire monocratique. Je n’ai pas eu le choix que d’obéir. Pas même la possibilité d’un libre-arbitre que je souhaitais revendiquer. À quoi bon ? Ce n’était ni le moment, ni l’heure. Tout ça pour qu’on se retrouve à l’heure d’été avec un temps d’automne pour ne pas dire d’hiver.