Moi, je consomme Stéphane parce que, à la tienne Étienne et, tout compte fait, c’est vachement bien et c’est même mieux que bien, c’est vachement très bien. Tout à l’heure, j’irai voir mon podologue, Stéphane Diez, qui va me sauver la vie avec les semelles qu’il m’aura faites. Il s’appelle Stéphane Diez, Stéphane… comme tous les médecins que je consulte et comme tous les commerçants que je fréquente. Quand même, c’est bien fait le hasard… Je suis entouré de Stéphane de toutes sortes et ça me va bien.

Mon médecin traitant (mais néanmoins référent – à moins que ce ne soit l’inverse), c’est Nejib Hellali. J’en vois déjà qui sont au bord de me rétorquer en amorçant un début d’ironie mal placée que Nejib, ça n’a rien à voir avec Stéphane. Eh bien, vous aurez tort puisque Nejib, en tunisien, ça signifie Stéphane. Et toc ! Vous avez cru m’avoir mais c’est parce que vous ne saviez pas et c’est toujours comme ça quand on est dans l’ignorance. Parce que l’ignorance est la mère de la méconnaissance.

C’est idem pour le jeune employé de la boulangerie, en bas, il se prénomme Stéphane, je ne connais pas son patronyme, et à vrai dire, je m’en fous un peu, mais c’est pratique, comme ça, je suis certain de ne pas me tromper quand je lui dis bonjour. Idem pour le caissier que j’ai l’habitude de fréquenter à Auchan. Et pareil pour le traminot du matin et celui du soir et pour le contrôleur, le seul dont j’accepte les vérifications d’usage. Ils se prénomment tous Stéphane.

C’est pareil quand je vais au restaurant, je n’accepte de me faire servir que par des Stéphane. Sinon, je ne mange pas. À mon travail, mon patron s’appelle Stéphane Martin et c’est pratique car comme ça, il n’y a pas de confusion possible pour moi. Et on n’est jamais si bien servi que par soi-même. Quand je vais au cinéma, il y a toujours au moins un Stéphane dans le casting : Stéphane Freiss, Stéphane Lanvin, Stéphane Lambert, Stéphane Deneuve, Stéphane Miou-Miou et j’en passe et pas des moindres.

Et quand je lis, je ne lis que des auteurs qui se prénomment Stéphane : Mallarmé, Stéphane Sagan, Stéphane Flaubert, Stéphane Maupassant et Stéphane James. Pour la musique, je n’écoute que des artistes qui s’appellent comme moi : Stéphane Adamo, Stéphane Puccini, Steven Moby, Stéphane Dalida, Stéphane et Sloane et même Stromae (Stromae c’est un pseudonyme, mais vous avez vu, les deux premières lettres ?) et les deux Daft Punk, ils s’appellent Stéphane, alors, si ce n’est pas une preuve, ça…

Et quand on remonte la mythologie et l’histoire, si vous êtes très attentif, ce que je suis en permanence, on en trouve partout et tout le temps, des Stéphane : Stéphane César, chef des gaules (Jules, ce n’est qu’un titre), Stéphane Vauban, Stéphane Moquet et dans la Bible : Stéphane Moïse et Stéphane selon St Jean. Et je ne vous parle pas de Sodome et Gomorrhe dont Stéphane s’est bien sorti parce que pas montré du doigt de Dieu. Non, non, non… enfin, si, si, si, nous sommes partout et ça va parce que je trouve que c’est discret.

Quant à la vie contemporaine, voyez à Bordeaux où Stéphane Juppé a été élu haut la main, pour ne parler que de la ville dans laquelle nous habitons, lui et moi. Mais en revanche, regardez de plus près, dans cette grosse poussée du Front National, vous n’en verrez aucun, de Stéphane. Non, nous avons de la dignité, nous. Et nous ne perdons jamais de vue que l’on n’est jamais si bien servi que par soi-même. Et comme le disait Stéphane Wilde : « Sois toi-même, tous les autres sont déjà pris. »