À neuf heures, dans quarante-cinq minutes, quand je sortirai pour aller voter (allez voter, c’est important et ça a l’avantage d’être gratuit !), il sera trop tôt pour me rendre à la messe dominic-nic-nicale, contraint et forcé car, au cas où vous ne le sauriez pas, je ne suis pas fou de la messe mais j’aime bien les contrepèteries. Et si je me sens obligé d’y aller, c’est parce que de temps en temps, je me rachète une conduite afin de tenter de sauver un bout de mon âme de mécréant. Mais comme à chaque fois, j’ai beau me forcer, je suis toujours empêché d’y assister au dernier moment.

Je n’y peux rien, j’aimerais vraiment aller au bout de tout ce que je dois faire mais là, je serai encore retardé par un marché qui va m’ouvrir les bras, des fruits et légumes qui me feront de l’œil, Mario qui va encore me faire succomber pour ses gnocchis et les premières bonnes fraises du Lot-et-Garonne qui vont me racoler, moi, le passant prude et innocent aux mains pleines.  Et j’irai porter la bonne parole et quelques victuailles chez le patron où je boirai une chicorée en programmant ce que nous devrons faire dans l’après-midi pour Barcelone et Amsterdam.

Du coup, je ne verrai pas le temps passer et je n’entrerai pas dans la cathédrale, ce temple du fétichisme car moi, la messe, c’est comme un film au cinéma, si je n’ai pas vu le début, ça ne m’intéresse pas de la prendre en route et je préfère ne pas voir la fin sinon, je ne comprendrai rien. Au passage, j’aurai admiré la place Pey Berland, calme et tranquille, sous une alternance de soleil un peu pâlichon et de gros nuages sombres. Un rapport de force complètement inégal. Mais que font donc nos futurs élus ?

Je rentrerai alors à la maison en me disant que je vais prendre du pain pour le déjeuner et je vaquerai à quelques occupations plus ou moins ménagères de près de 55 ans, le temps de tuer le temps jusqu’au déjeuner et pourquoi pas, à défaut d’avoir assisté à la messe, aller voir un film au cinéma, je ne sais pas encore lequel. J’assumerai mon choix, mes choix. Je les préméditerai et je les vivrai avec un plaisir que je ne saurai pas bien dissimuler mais les dissimuler pour qui, pour quoi ? Et en rentrant chez moi, je serai abordé à une ou deux reprises pour une petite pièce afin de manger, si vous plééé.

Je suis poli, je refuserai car j’aurai ce qu’il faut à la maison. Et je serai une dernière fois accosté par un mec qui me demandera si je ne peux pas lui donner un euro car, il essaiera de m’expliquer que son tas de tôle, quelque part pas loin, sera en panne d’essence et ça l’arrangerait bien que je l’aide. Je lui dirai non, tout aussi poliment qu’aux autres parce que c’est dimanche. Il m’insultera : « radin, connard, pédé ! » Alors qu’il ne me connaît même pas. Je ne répliquerai pas car je ne voudrai pas envenimer les choses et je prendrai ces insultes comme une punition divine pour avoir séché la messe. Hélas, hélas, hélas, ce sera ma très grande faute. Mais en fait, je m’en foutrai.