En ce samedi vespéral, je me sens un peu péd... un peu péd... un peu pédagogue. J'ai des envies de péd... des envies de péd... des envies de pédagogie. J'ai envie d’exhiber mon savoir en ouvrant l'imperméable de culture à ceux qui n’en ont pas. Bienheureux les simples…

Au programme de cette leçon qui s'avère magistrale : les oignons. Oh, ce n'est pas la peine de commencer à pleurnicher parce qu'on va parler d'oignons, on ne va pas les éplucher, rassurez-vous.

Vous avez forcément déjà entendu parler ou même déjà vous-même dit l'expression "en rang d'oignons" (au singulier, pas au pluriel, si on est un puriste, comme moi), mais qui sait que les oignons dont il est question ici n'ont rien à voir avec ces petits bulbes qui font roter, péter et qui sont un peu durs à digérer pour les intestins un peu faibles.

Non, non, il s'agit beaucoup plus simplement d'un baron : Artus de la Fontaine Solaro, baron d'Oignon, qui fut également seigneur de Vaumoise. Tout le monde l'a oublié mais ce ne fut pas difficile à faire car personne n'a jamais bien su qui il était, ce la Fontaine-là. Je peux quand même éclairer votre vessie en vous disant qu'il exerça des hautes fonctions sous Henri II.

Il était en quelque sorte le chef du protocole du roi. Il devait donc, en tant que maître de cérémonie, attribuer la bonne place à chaque personne, à chaque invité en faisant respecter un ordre conforme aux droits de chacun. En gros, il les plaçait en rang et ceux à qui cela ne plaisait pas toujours avaient pris l'habitude de se moquer de lui en disant qu'ils allaient encore mis en rang à l'Oignon.

Et les générations qui suivirent ont déformé l'expression en "rang d'oignons" comme si ça avait un sens. En tout cas, ça n'a rien à voir avec l'expression "serrer les fesses" et à ce propos, je voudrais en profiter pour vous parler de l'onomatopée "aïe" quand on se fait mal. Vous apprendrez alors qu'elle a une origine qui remonte à la même époque.

C'était encore un homme important sous Henri III, le baron Sevran de la Pédale, qui lorsqu'il couchait avec Henri III et que ce dernier lui carrait l'oignon un peu brusquement, disait toujours "ça fait mal la gousse d'ail dans le gigot, fils de sire !" "Tais-toi et serre les fesses !" "Oui, sire fils" Et avec le temps, comme il avait de moins en moins celui d'exprimer ses réactions, il ne dit plus que "gousse d'ail gigot sire" puis "ail sire" puis "ail" et c'est devenu "aïe", tout bêtement.

Dans une prochaine leçon, je vous expliquerai pourquoi on parle de la course à l'échalote. Avec un seul T, oui, bande de béotiens.