J’avais regretté de ne pas être monté à Paris, il y a quelques années, en 2007. Question de  temps, question d’argent, question de réactivité. Nous ne nous étions pas dit adieu, entre vous et moi. Nous ne nous sommes pas dit adieu, Angelina. Mais c’était parce que, même si je ne le savais pas, alors, c’était parce que nous devions nous voir. Nous revoir. Nous rencontrer. Nous découvrir. Et si ce fut peut-être un peu difficile au début de la soirée (vous m’avez fait penser à Edita Gruberova, le 17 janvier dernier), après une bonne dizaine de minutes, tout a semblé au point, vocalement. Et pourtant, et pourtant, je suis tombé plus que sous le charme. En me disant que vous aviez rencontré les plus grands, parcouru le monde et même été députée européenne. Un parcours sans faute, à mes yeux. Et ce soir, c’est un peu pour moi que vous étiez là. Sauf que vous ne m’avez pas dit que tous les arbres étaient en fleur alors que c’est leur saison… over the rainbow

Je me suis demandé si vous porteriez une robe blanche ou noire. C’était une longue noire. Avec quelques plis blancs en bas et aux poignets. Et vos cheveux, noir Méditerranée, toujours pareils. Et vos lunettes à monture noire, toujours pareilles. Indémodables, finalement. Et, une fois n’est pas coutume, ta ra tata tam, on a compris tout ce que vous avez interprété. Je n’ai pas été abruti par le bruit. Vous m’avez fait retrouver la poésie de ce pauvre Rutebeuf. Que sont mes amis devenus et tant aimés ? La beauté des mots, par votre voix, m’a profondément touché. Pas besoin d’artifices ni d’effets spéciaux. Vous êtes comme tout le monde, je suis comme vous, je ne peux non plus rien faire contre la vie, contre l’amour, contre la mort. Et cette rose blanche accrochée au pied du micro… comme celles de Corfou… « Chaque nuit, je pense à vous », moi, en vous entendant, j’ai pensé à ma mère, à maman, qui aurait certainement aimé partager cette soirée avec nous.

J’attendais de la poésie, vous m’en avez offert. J’attendais des jolies mélodies, vous m’en avez fredonné. Les vers aussi et la musique aussi. Et votre voix également, parfois devenue fragile. Et quand vous avez chanté en grec, sur des sons et des rythmes plus exotiques, ce fut un enchantement, un embrasement. Tout le monde était alors en communion, en fête. Milisse mou, milisse mou, de se filissa pote mou, milisse mou, milisse mou, pos na se ksechaso thee mou… Et là, nous étions tous ensemble. Nous étions ensemble, vous et moi et j’ai compris que je n’aurais pas pu rater ce rendez-vous. Je vous croyais seulement un peu plus grande que ça. Mais peu importe, on peut être une grande dame autrement que par la taille. Je ne vous reverrai sans doute jamais, en vrai. Les souvenirs sont faits pour ça, pour compenser les absences. Milisse mou, milisse mou, de se filissa pote mou, Milisse mou, milisse mou, Mono st' oniro mou se filo…

Nana 2014