Je me lève et je me bouscule parce que sinon, je me connais, je crois me connaître, je vais aller me mettre, m’asseoir, me vautrer sur le canapé, histoire de donner le change et je vais laisser filer le temps, tire, tire l’aiguille, ma fille et alors, contre mauvaise fortune, j’aurai bon cœur quoiqu’il arrive. Je vais préparer le café, noir et je vais regarder par la fenêtre. Il fait nuit, noire. Encore nuit. La rue est sèche. Il fait nuit d’un noir encre de seiche. Pas même sympathique. Je vais faire avec.

Je vais sortir la salade de fruits du réfrigérateur. Remplir un ramequin. Dors mon p’tit Quinquin, mon p’tit quinqua… Et je remets la boîte Tupperware dans le frigo. Mais aussi le ramequin. Au lieu de le mettre sur la table avec les bols du petit déjeuner, ma traversée en solitaire, tous les matins du monde, chaque matin. Je n’ai pas toutes mes idées en face des trous. Il me faut remplir les pointillés. Entourer les bonnes réponses. Qu’est-ce que je dois répondre ? Quelle était la question ?

J’entre dans la salle d’eau pour y prendre une douche. Je fais couler l’eau le temps qu’elle me convienne. C’est tout moi, ça. J’en ai marre de toute cette eau de là-haut depuis des mois, depuis des années, depuis des siècles. Après moi, le déluge ? Où est mon roi-soleil ? J’ai la tête à l’envers, je vois celui du décor. En reflet de flaque de douche. De marre d’eau. J’en ai marre. Heureusement, l’eau bien chaude me fait du bien. Sur mon corps, entre autres. Sur mon corps. Encore.

Quand je sors de la douche, je m’essuie donc je pense à ce que je vais mettre. Un peu toujours pareil. Au boulot, toujours les mêmes jeans, l’ourlet n’est même pas fait, pas la peine, à quoi bon ? Je ne suis pas là pour faire un défilé de mode. Je ne suis pas mannequin. J’enfile mon blouson de duvet. Je suis un mec à plumes pas un mec à poils. Je vais regarder de nouveau par la fenêtre. Un tram passe. Pour où ? De toute façon, c’est trop tard. Un tram pas annoncé ne compte pas.

Je finis malgré tout par aller boire mon café, noir. Sans sucre. Avec un peu d’eau froide pour compenser celle, chaude, de la douche. Je prends un comprimé pour ma tête des mauvais jours. Celle du mal. Celle qui fait mal. Heureusement, chaque matin, au moment de monter dans le tram, je sais qu’un petit bonheur m’attend, normalement. C’est toujours une petite fête, a priori : sois je débute la lecture d’un nouveau livre, soit j’en continue un. Et je retrouve les personnages. Ceux d’une autre réalité. D’une autre vie. Que je préfère souvent à la mienne.