À cœur vaillant, rien d’impossible, c’est pourquoi je suis d’accord avec celui qui l’a dit : la fonction crée l’organe. À moins que cela ne soit : l’organe crée la fonction ? Tout d’un coup, comme je suis un peu patraque, j’ai un doute. Et quand un doute m’habite, je préfère la fermer plutôt qu’affirmer. Et aujourd’hui, sera un jour de doutes. Un jour douloureux car dans le doute, je m’abstiens et dans l’abstinence, je souffre. Je suis le martyre de mes propres doutes. Du coup, à cause de cette nuit, je ne suis pas resté au travail, ce matin. J’ai à peine fait une demi-journée. Comme pour une demi-graine. J’ai abdiqué. J’ai paniqué. J’ai décidé (pour une fois) de me faire porter pâle.

Dracula, lui, ce sont les autres qu’il aimait faire porter au pal mais moi, j’ai renoncé et j’ai pris un coup de vieux. Mes organes, une partie de mes organes ont choisi de faire la fonction publique en RTT. Ils sont 2 selon les médecins mais ils sont 6 selon moi-même. Ça a commencé par quelque chose qui pouvait ressembler à une rumeur, une rumeur assourdie car d’abord lointaine puis, de plus en plus présente. Comme une bande de manifestants qui seraient en train d’arriver en plein cœur de ma ville. Et certains d’entre eux ont allumé des feux qui ont commencé de se consumer au-dedans et m’ont isolé à défaut de m’immoler. 

Ça s’est empiré et comme je suis un grand bâtisseur du pire, j’ai créé mon grand œuvre en quelques heures, seulement. J’ai bâti des foyers qui n’auraient pas déplu aux anglais et qui ont décoloré ma nuit en me faisant croire que j’étais sous le soleil mais je me suis brûlé à ses rayonnements comme Icare et je suis tombé de mon lit, tombé de haut, incapable de supporter autant de mal dans un si petit espace-temps. Alors, je me suis levé et j’ai cru que j’allais pouvoir me tromper en me vautrant négligemment sur le canapé à une heure vingt, même pas une bonne heure pour une insomnie. Pour m’insomnuire et pourtant, je me suis insomnui.

J’ai hésité à maintes reprises quant à savoir si je devais lancer une bouteille à la mer (à l’Amérique ?) ou attendre une éventuelle fin, mais de quelle fin pouvais-je espérer ? Celle d’un meilleur ou celle d’un pis ? J’ai pris mon mal en impatience et j’ai fait semblant de dormir et j’ai dû me confondre moi-même sans savoir que j’avais sombré dans une torpeur qui m’a sans doute permis de ne pas me nuire mentalement plus que je ne l’étais déjà. Et quand ce fut l’heure de l’aube, l’heure blanche, celle des condamnés. Parce que j’en étais un, alors. Condamné à me lever, condamné à prendre le tram et condamné à me rendre à mon travail. Malgré tout.

Estomaqué, je me suis rendu compte que je n’en pouvais plus. Alors, j’ai abdiqué pour la deuxième (pour la seconde) fois et j’ai pris les dispositions nécessaires pour que tout se passe bien après mon départ. Et je suis rentré chez moi comme on entre dans les ordres ou comme on entre en retraite. Pour tenter de mettre de l’ordre dans mon corps. Et j’ai appelé ceux qui répondent aux SOS car les autres m’avaient laissé tomber en ces temps de vacances scolaires. Et je me suis fait rassurer. Et je me suis fait ordonner de quoi me remettre debout. Et depuis, je tente de rester calme. Car mes organes, d’habitude, créent des fonctions mais aujourd’hui, ce seront les fonctions qui créeront mes organes.