Ça y est, nous sommes repartis pour un tour alors que nous n’avons même pas attrapé la queue du Mickey. Les bulgares sont de retour. Ivan et Georgi. Avec leurs pinceaux et leurs machins à décoller le papier peint et leur truc à gratter et tout le toutim. Et depuis ce matin, nous sommes en chantier de les revoir. Enfin, surtout le président. Moi, ce matin, je travaillais après une nuit arrachée au temps comme la tapisserie sur toutes les portes du hall d’entrée de l’appartement. Couché à plus de minuit, levé à trois heures, alors, vous comprenez, je ne vais pas plaindre ces peintres du samedi et du dimanche.

Mais je vais peut-être me plaindre, moi. M’auto-lamenter, m’égo-apitoyer et déplorer mon propre sort car, en débauchant de cinq jours de boulot, d’habitude, le samedi midi, je saute sous la douche pour me laver de tous les soupçons maritimes, me débarrasser de cette espèce d’uniforme que j’ai l’impression de porter, celui d’un mec qui bosse la fleur au fusil dans un endroit qui ne fleure pas bon du tout et qui aimerait tant autre chose mais qui se content de ce qu’il a. Parce qu’il a des rêves en réserves. Pour les nuits qu’il n’écourte pas. Alors non, ce midi, ce ne fut pas possible. Juste une douche en catimini. Avec la sensation de ne pas l’avoir prise.

Et de vivre dans le bordel. Car les vide-greniers, à côté de l’appartement, quand je suis rentré, ce midi, c’est super bien rangé. Ici, c’était un peu le capharnaüm des ouvriers, de nos affaires déplacées pour permettre de peindre les portes et leur contour et deux ou trois autres petits travaux privés car rien à voir avec ceux du public. Une fois qu’on franchit la porte, chez nous, on est chez nous. Sauf que pas aujourd’hui. Toutes les poignées avaient été retirées pour être changées par des neuves, toutes blanches, immaculées. Ce sera plus facile pour relever les empreintes digitales en cas de besoin. Un jour, qui sait…

Et donc, pour ma douche, vite prise, sans me laver la tête car la poussière continuait de squatter tous les espaces libres en jouant au caméléon sur ma chevelure grise. Et même pour aller faire pipi, c’était comme si je devais faire en urgence entre deux baraques de chantier. Et même pour déjeuner, nous avons pique-niqué comme nous avons pu. Au milieu des outils, des bâches et des portes en train d’être peintes dont il ne fallait pas s’approcher pour ne pas prendre le risque de recevoir un coup de pinceau mal placé. Du coup, je me suis enfui au cinéma. Pour oublier que c’était un peu comme Beyrouth en reconstruction, ici.

Et pour ne plus penser à tout ça, à cette longue semaine passée et à tout ce foutoir et à cette odeur persistance, cause de migraine, je suis allé voir Pompéi. Au moins, là, au début du film, tout était propre comme ça pouvait l’être en 79 après Jean-Claude, heu non, pardon, après Jésus Christ. Mais de fil en aiguille, de coups de poignard en coups de fouet, de tremblements de terre en tsunami, de feux d’artifice volcaniques en incendie municipal, il y en avait partout. Encore plus le bazar qu’à la maison. J’en suis revenu avec toujours la même migraine mais l’avantage, c’est que j’ai bien relativisé. Mais ce soir, après avoir vu Pompéi, j’avoue, je suis un peu pompé, vidé.