Il s’en est fallu d’un cheveu mais j’ai réussi à l’attraper au vol et à me retrouver en haut de la butte. Comme si j’avais eu des ailes et que je m’étais envolé par-delà, par-dessus les montagnes. Mais non, je n’avais rien d’un ange et j’espère que personne, parmi les rares humains qui ont pu me croiser, alors, j’espère que personne ne s’est mépris car je n’ai vraiment rien d’ange heureux. Je ne suis le gardien de personne. Juste celui de mon âme en peine. L’âme en peine ? Lamentable.

Juste après la butte, j’ai rejoint les iris, clin d’œil nocturne et ténébreux à Vincent. Comme lui, en marchant, je broyais du noir sous un ciel d’enfer. Et je lui parlais alors qu’il ne m’écoutait que d’une oreille. Distraitement. Il s’en fout, Vincent, de mes iris. Il préfère les tournesols. Mais en pleine aube, les tournesols, ça ne remplit pas un champ de vision. Encore moins quand c’est en ville. Et même dans les hauteurs. Alors, je lui ai tourné le dos et j’ai haussé les épaules. Pour me décontracter.

Peine perdue. C’était comme si je marchais pieds nus sur des graviers. Sur une gravière. Quelque chose qui fait qu’on sait qu’on ne dort pas. Que ce n’est pas un mauvais rêve. Que tout est bien réel. Et ça me lance dans la tête. Ça me lance derrière la tête. Ça me lance comme l’autre fois, quand il m’a piqué même entre les deux yeux, juste au-dessus du nez. Et je déteste ça. Et je n’aime pas être dans cet état dans lequel j’erre. Dans quel état j’erre ? Dans celui de quelqu’un qui ne parvient pas à être bien deux jours de suite.

Mais je vais me reprendre. Me reprendre en mains. Et ce n’est pas pour rien que le bois fleuri me donne un peu plus envie d’envies. D’avancer malgré tout. De rester debout. De me réveiller et de regarder les arbres même dans cet instant où tous les chats sont du genre potron et où moi, je ne suis plus poltron. Où j’ai envie de me coller aux arbres, de me rouler dans les fleurs et de sentir la terre. Un peu de cette terre qui m’a vu naître et grandir mais qui ne me verra pas me faire ensevelir.

Je ne suis pas immortel mais quand je décide de respirer mieux, je me sens plus fort et je sais, au fond de moi, que je ne finirai pas ma vie couronné de lauriers même si c’est là que je vais m’arrêter. Pas tout à fait m’arrêter mais dépasser ce stade, dépasser cet arrêt où je ne m’arrête pas et continuer d’avancer, coûte que coûte, vaille que vaille et corps et âme encore et encore. Et tenter d’être le premier. À m’en sortir. À y arriver. À ne plus avoir mal à la tête. Pour y déposer ces lauriers.