Il se pourrait bien qu’on nous cache des choses et que nous soyons en alerte sanitaire (ou en pré-alerte sanitaire) à propos d’une variété de moule, la Mytilus Edulis, ce qui, en latin, porte nettement moins à ricaner que le nom vulgaire, moule. Allez-vous en savoir pourquoi, moi, ça ne me fait plus rire depuis que j’ai fait vœu de sériosité quant à tout ce qui touche aux produits de la mer. Tout comme « piscicole », ça fait rire tout le monde (oui, oui) alors moi, je préfère parler d’halieutique. En plus, ça me permet de briller en société, en particulier quand je participe à une dîner de tête chez Baranne.

Et donc, pour en revenir aux moules, parce que ça reste un produit phare dans mon milieu professionnel, un « high runner », une « commmodity » comme on disait là où je travaillais avant, dans l’industrie, dans le composant électronique où là déjà, on avait de quoi glousser en permanence avec la connectique, les prises mâles, les prises femelles, parfois nus, qu’il fallait accoupler et tout et tout. Mais nous étions jeunes, surtout moi et maintenant, je considère qu’en ayant pris un peu de bouteille à la mère (alors que je n’ai pas été allaité, me semble-t-il), tout ça me passe bien au-dessus de la tête. Parce que je la rêve bien faite.

Les moules, disais-je donc, c’est une famille de produits parmi les plus vendus par les poissonniers et bon nombre de restaurateurs. Mais que sait-on des moules en général et de la moule, en particulier ? Eh bien, je vais sans doute vous étonner en vous expliquant quelques petites choses sur ce mollusque, des choses que personne ne pourrait soupçonner parce que, qui s’intéresse à la vie d’une moule, à part moi ? Alors voilà : la moule est un mollusque bivalve mais ce qui est le plus intéressant, ce n’est pas ça parce que ça, tout le monde le savait déjà même avant que je n’en parle.  Moi, ce qui m’a touché, chez la moule, c’est sa sensibilité. Non, ne riez pas.

La moule est dotée d’une bouche mais n’a pas de cerveau. On en connaît d’autre. Suivez mon regard. Oui, elle, là-bas, dont le nom commence par Nab et se termine par Ila. Mais je ne veux nommer personne pour ne pas prendre le risque d’être suspecté de diffamation. Si c’est un mot qu’elle est à même de comprendre. Mais revenons à la moule, la seule, la vraie, l’unique : son absence de tête (hum !) et sa cérébralisation réduite sont considérés comme secondaires d’autant plus qu’elle n’en a justement pas conscience. Néanmoins (quand on n’a pas de tête, c’est un clin d’œil) ça ne veut pas dire qu’elle n’est pas capable de sentiments. La preuve, elle s’attache très vite où ça lui plaît.

La moule est très sensible d’un point de vue tactile. Je n’ose pas dire qu’elle est chatouilleuse car elle est très à l’hippocampe (ben oui, on ne dit pas « être à cheval » chez les moules) sur le choix de mots. Non, elle est très sensible car elle possède des chémorécepteurs répartis sur tout l’épiderme et elle n’est pas toujours disponible pour un toucher qu’il soit buccal ou rectal. Ça dépend beaucoup de son humeur. Et si en plus, elle a la migraine, en général, c’est non, pas la peine d’insister. Non mais vraiment, tu es un obsédé, tu ne penses qu’à ça, laisse-moi dormir. Donc, dans ces cas-là, mieux vaut ne pas insister car elle se ferme comme une huître.

Après toutes ces explications, il faut maintenant parler des différentes origines de la moule : on en trouve en Espagne, en Italie, en Irlande et dans certains pays au nord de la France et même au nord de la Belgique. Il existe des variétés qui ont leur appellation d’origine contrôlée, comme celle de la baie de St Michel mais pour les autres, c’est une question de taille et de goût. Et de saison. Il y a des moments, dans l’année, où les moules sont plus pleines et forcément, qui dit plus pleines, dit plus charnues et donc, plus goûteuses. Et, bien sûr, tout dépend aussi de la façon qu’on a de les préparer, en cuisine. Les grosses moules sont plus généralement farcies et les autres, non.

Et pour terminer, il me faut vous donner cette information de première importance, capitale (Paris) et urgente. Il y aurait un problème sanitaire sur une variété de moules. Non pas sur celle qui vient d’Espagne, non pas sur celle qui vient d’Italie, non pas sur celle qui vient d’Irlande, non pas sur celle qui vient de France, qu’elle soit de bouchot ou de corde, non, le problème est sur celle qui vient du nord, de ce plat pays qui n’est pas la Belgique et donc qui est plus un bas pays qu’un plat pays. C’est sur la moule de Hollande qu’il y a un problème sanitaire et c’est pour ça qu’on l’a hospitalisée, afin de lui faire passer plusieurs examens et nous verrons si elle les réussit. Parce que pour l’instant, elle est plutôt recalée.