À la guerre, comme à la guerre, comme on dit dans certaines chaumières où on aime bien pratiquer les dictons, les proverbes et autres adages qui sont parfois d’un autre. Je viens de terminer la partie socio-professionnelle de cette longue et inhabituelle semaine de travail où j’ai dû me lever six fois, six matins de suite avant d’espérer un peu de repos, un peu de répit mais je crains que ce ne soit finalement râpé car je suis repu de bazar et ce week-end à venir, jusqu’à lundi soir, s’annonce comme bien chargé et bien foutraque. Je suis d’astreinte à la maison au maximum de mon temps de mec non libre. Parce que je dois être à la disposition des deux ouvriers, Georgi, le mari de Kremena et son associé, Ivan. Les rois du pinceau. À leur disposition en cas de besoin pendant que le président est parti présider. Eux ? Ils peignent et vous, monsieur le président, dansez, maintenant.

De ce fait, tout à l’appartement est en chantier (de faire votre connaissance) avec de la vaisselle et de l’épicerie dans la chambre d’amis. Avec la poubelle dans le séjour, à proximité de la table des repas ce qui fait, qu’elle est devenue la plus grande poubelle de table jamais vue au monde. Avec le robot Kenwood et le four Vitalité 5000 sur le bahut de chasse, dominant le reste de tout un petit bazar qui pourrait faire rougir les souks de Marrakech. Avec la cafetière filtre, la machine à soda et la bouilloire électrique près du téléphone fixe, attention à ne pas se tromper en voulant répondre si ça sonne. Avec une autre partie de l’épicerie de réserve dans l’entrée. Avec les deux fauteuils-chaises du bar de la cuisine vers le bar du salon, tout un monde sens dessus-dessous, ce qui n’aurait peut-être pas déplu à Raymond. Pas le Bidochon, non, l’autre. Mais si, vous savez très bien de qu’il s’agit.

Et donc, il a bien fallu déjeuner, ce midi. Nous avions le choix entre aller à l’extérieur, le premier samedi des soldes et moi, ça, j’en avais moyennement envie. Pas du tout, même. Et celui que j’avais décidé en catimini, depuis hier : j’avais préparé une salade composée avec de l’orzo, des olives vertes et noires, du chorizo et des moules en conserve à l’escabèche. Alors, si nous ne le mangions pas ce midi, pourquoi l’avoir préparé hier soir ? Je suis allé demander si je pouvais venir prendre des choses dans le réfrigérateur, totalement emballé comme si Christo était passé par là et nous avons dégusté ma salade fraîche et de bon goût. Et alors, vient le temps de faire la vaisselle. Pas dans la cuisine, puisque celle-ci est inaccessible pour cause de travaux de rénovation totale. Et pas dans le lavabo de la salle d’eau, non plus, ce n’est pas pratique et non, ça ne me convenait pas mais encore une fois, j’avais de la ressource.

Quand je rentre du boulot, le samedi midi, je m’offre toujours une douche des grands jours avec shampooing, rasage de près et tout et tout. Et là, j’ai attendu que nous ayons terminé notre repas pour aller me laver de tout soupçon et avoir enfin l’impression d’être en week-end. Et je me suis dit que j’allais remplir une petite bassine avec de l’eau chaude, un peu de produit vaisselle et j’allais emmener nos assiettes, verres, couverts et boîte hermétique vide avec moi sous la douche. Après tout, pourquoi ne pas profiter de cette eau chaude qui tombe du ciel pour nettoyer tout ce qui est sale et pas seulement le bonhomme ? Alors, ni une, ni deux, ni trois, nous voilà tous les douze sur la paillasse de la douche, sur cette grande dalle au sol et entourés de toute cette mosaïque bleue et blanche. C’était assez singulier mais pas déplaisant d’être là en sachant que tout le monde en ressortirait propre comme un sou neuf.

Je ne vous dis pas l’étonnement de la vaisselle, les ouvraient des yeux grands comme des… ballons (ce sont des verres ballons), les fourchettes se piquaient de « ho » et de « ha » et de « oh, la belle bleue ! », les couteaux salivaient en me voyant tout nu, les assiettes en faisaient tout un plat et seule la boîte hermétique restée repliée sur elle-même, dans un mutisme dont c’est la vocation première. J’ai lavé tout ça avant de me laver moi, accroupi, les fesses à l’air et j’ai tout rincé avant de tout déposer dans une bassine et je me suis enfin occupé un peu de moi. Après les tâches ménagères de quelqu’un qui a plus de cinquante ans. Je suis exactement dans le panel des sondages d’audimat. Mais ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir créé le concept de la salle de vaisselle, un savant mélange entre la salle d’eau et l’évier de la cuisine. Idéal pour ceux qui n’ont pas de pudeur pour s’occuper de ça. Ce que j’ai découvert chez moi, aujourd’hui.