À la porte du corps de garde, pour tuer le temps, on tue, on jase, l’on regarde passer les passants…

La série continue. Jamais deux sans trois, diront les gens qui se croient spirituels à force de citations mais je les mets au défi de m’en citer une, justement, une vraie, avec le nom de l’auteur et, si possible, une bien à propos. Mais moi, je n’ai pas envie de dire deux sans trois. J’ai plutôt envie de vous livrer celui-ci, qui  me semble plus adéquat et nettement plus intelligent (il n’y a pas de mal à se faire du bien… Ooups, il m’a échappé, celui-ci) : un jour en vaut trois à celui qui fait chaque chose en son temps. Proverbe chinois. Vous vouliez l’auteur ? Ben, un mètre soixante-sept, probablement. Mais en cet instant précis, ce n’est pas la chose la plus importante qui soit. Non, non. J’étais en train de dire que la série continuait et que décidément, ces derniers jours n’étaient pas et ne seront pas ceux qui me laisseront le meilleur souvenir. Ils ne valent même pas une carte postale juste pour faire coucou. Non, ces jours derniers ne seront pas à marquer d’une pierre blanche. Plutôt d’une pierre tombale. Et j’irai cracher sur leurs tombes.

L’oiseau s’envole… on s’en console… Reprenons notre passe-temps et regardons passer les gens…

Évidemment, à matinée chargée et un peu usante, fin de travail éreintante avec des problèmes de tram, on se demande lesquels car aucun affichage n’a rien annoncé. Plus de vingt minutes d’attente pour le prochain en direction du centre de Bordeaux puis de Mérignac. Alors que je ne mets qu’une petite quatorzaine (voire une grosse douzaine) de minutes pour rejoindre la Buttinière, point de jonction diabolique où la ligne se sépare en deux ou se rejoint selon de quel côté on se met. Et là, avec un peu de chance, j’allais pouvoir attraper un tram de l’autre bout. De l’autre monde. De l’au-delà-bas. Et j’en fus récompensé car justement, j’en ai eu un tout de suite, bien chargé en voyageurs mais j’ai pu m’asseoir assez rapidement. À toute proximité de deux jeunes cons. Dont l’un ne voulait pas que l’autre se lève quand un monsieur un peu handicapé leur a demandé s’il pouvait s’asseoir. Et qui n’ont eu de cesse de tout critiquer jusqu’à Sainte-Catherine. Et d’être vulgaire à tout bout de champ.

Sur la place chacun passe, chacun vient, chacun va… Drôles de gens que ces gens-là…

Entre Lauriers et la Buttinière, il y a quatre intervalles. Cinq stations en comptant les deux. Et j’ai été stupéfait de voir tous ces jeunes collégien(ne)s et lycéen(ne)s attendre le tram qui ne venait pas au lieu de faire comme moi, le vieux machin, d’aller à pinces, de marcher droit, de mettre un pied devant l’autre, de faire les cents pas, de réduire les distances dans ce début d’après-midi plutôt doux et plaisant, malgré tout. Certains, puisque je sais où ils allaient, je connais leur établissement, n’avaient que deux stations à avaler et franchement, leur âge, ils auraient pu montrer un peu de courage, d’enthousiasme et d’allant. Les pauvres petits. Je les plains. D’être aussi vides de tout. J’aurais pu, moi aussi, attendre sur le quai de Lauriers et continuer de lire le Voyage en Absurdie de Stéphane De Groodt. Ça aurait été tellement plus drôle que tous ces drôles de gens, ces drôles de jeunes. Mais j’ai préféré prendre l’air. J’aurais même dû écrire que j’ai péféé tout court pour être tout à fait cohérent. Mais quand je suis un peu fatigué (et encore, moins qu’hier), je fais ce que je peux.

À la porte du corps de garde, pour tuer le temps, on tue, on jase, l’on regarde passer les passants…