À l’heure où je vous écris, je dors. Il est nuit. Je suis sommeil. Endormi comme un marmot. Je dors comme quelqu’un qui pourrait être bienheureux s’il ne savait qu’il doit se lever un lundi matin pour aller au travail. Pas pour travailler. Pour une formation. Et je pense que ça fait comme un nuage gris dans le ciel bleu nuit de mes rêves. Tiens, bleu et gris… Et si j’en profitais pour repeindre la chambre en bleu et gris. À l’image de mes nuits. Un bleu pas trop bleu parce que je dors mieux quand il fait nuit que grand beau temps, malgré tout. Un bleu un peu lavande pour les bonnes odeurs relaxantes. Et un gris pas trop gris pour ne pas déprimer pendant mes nuits sans rêve. Pendant ces nuits lourdes qui me font oublier mes rêves en cours de sommeil. Dans une chambre sans lune.

À l’heure où je vous écris, j’ai dû me réveiller. Oui. Il est une heure vingt de la nuit. Environ. Parce que je regarde toujours l’heure. Plusieurs fois par nuit. Même quand je dors. Mais j’arrondis toujours le temps qui passe et celui qui reste. Une envie de faire pipi. Une miction nocturne. Un épisode quotidien (!) de cette série que je ne rate jamais : miction impossible ? Non, à l’impossible, je ne suis pas tenu, la nuit. Et quand je me lève pour aller faire pipi, c’est toujours en silence. Dans le noir. À l’aveugle. Comme un jeu de piste très court. Sans risque. Parce qu’il ne m’est jamais arrivé de rencontrer qui que ce soit entre mon lit, les toilettes et mon lit. Et quand je viens me recoucher, il est à peine un peu plus tard. J’ai fait vite. Je suis allé à l’essentiel. Et je vérifie toujours l’heure.

À l’heure où je vous écris, je me tourne et me retourne. Des petits allers et retours. Comme pour une viande qu’on ne veut pas faire trop cuire. Bleue. Saignante. Et pourtant, je ne veux pas de rouge dans la chambre. Rien que du bleu et du gris. Et Farel. Et il faudra que je redemande à Claude pour un tableau. Mais je ne sais pas si c’est une bonne idée. Pourquoi est-ce que je ne dors pas au lieu de penser à tout ça ? Je pense donc je nuis à la qualité de mon sommeil. Je fais toujours deux choses à la fois quand ce n’en sont pas trois : je dors, je pense et je rêve ou je rêvasse. Parce qu’il y a forcément un moment où je fais moins bien une chose que les deux autres. Rarement, je cauchemarde. Sauf si on considère que d’entrecouper mon sommeil de cette façon, c’est un peu comme un mauvais rêve à chaque fois.

À l’heure où je vous écris, je me réveille. Il est une heure avant. Avant l’heure. Avant celle du réveil. Mais j’ai toujours un temps d’avance. Tout le temps. Mon horloge biologique est déréglée depuis bien longtemps. Probablement depuis le début de ma vie socio-professionnelle. Un seul F, deux S, deux N et deux L Deux ailes pour m’envoler dans les sphères d’un dernier endormissement. En général, cette dernière heure arrivée, je sais qu’il ne me reste plus beaucoup de solutions : je me rendors lourdement et ça me nuit. Je somnole plutôt moins que plus et ça m’ennuie. Parce que c’est vraiment gaspiller ce précieux temps qu’est celui du sommeil. Haché. Un sommeil en pointillés. À découper selon. Des fins de nuit en origami. Et toutes les cinq ou dix minutes, je vérifie que je suis toujours réveillé et que le temps imparti n’est pas dépassé.

À l’heure où je vous écris, il y a le réveil officiel qui me rappelle à l’ordre. Et là, parfois, j’ai justement envie de dormir, de dormir, de dormir. Dormir, je le veux. Fermer les yeux et me laisser m’alourdir encore plus. Mais non, la raison est là, déjà au turbin et trouve l’argument qui m’est imparable : lève-toi et marche sinon, tu vas être en retard. Je déteste être en retard. Ça me rend malade rien que cette idée de pouvoir être en retard. Alors je me lève et je me bouscule. Parfois, encore endormi, je prépare le café et je file sous la douche. Contre mon gré. Mais l’eau chaude qui me tombe du ciel me fait du bien. Et je ne regrette plus de m’être levé.  Je ne regrette qu’une chose. Celle d’avoir usé ma nuit un peu n’importe comment. Mais je vous jure que je ne le fais pas exprès.