Et puis fanny, comme dirait Pagnol, et puis Fanny prit un morceau de galette et commença à le déguster...

Aujourd'hui, c'est le jour des rois. Je me souviens, quand j'étais petit, à Senlis, pour Noël, mes parents décoraient le sapin et installaient une crèche pour Noël. Et les Rois Mages, on les mettait loin, sur une étagère et de temps en temps, on les approchait un peu plus de la crèche. Le voyage était long, on devait attendre l'Épiphanie pour manger la galette, on n'en trouvait d'ailleurs pas avant la date précise, en ce temps-là.

Et le jour de la galette, probablement une brioche, à l'époque, je ne m'en souviens plus très bien, c'est moi qui passais sous la table, déjà (j’ai commencé très jeune, oui, oui), et c'est à moi qu'on demandait à qui allait être donné le morceau qui venait d'être coupé. Quelle responsabilité, pour un petit garçon ! Ensuite, il y avait le plaisir d'avoir la fève ou la cruelle déception de ne pas l'avoir. Dans le premier cas, ça donnait du soleil au moins pour la journée et dans le second, je me demandais déjà pourquoi tant d'incompréhension à mon égard. Pas encore "pourquoi tant de haine ?" mais pas loin.

Avec le temps, les galettes furent un peu plus adultes et je ne passais plus sous la table, tout du moins, pas à cette occasion-là. Et le but du jeu était de ne pas avoir la fève sinon, avec les collègues, il fallait en acheter deux ou trois autres car nous étions nombreux. Et bon, quand on l'a déjà eu une première fois, ça fait un peu chier de l'avoir une seconde voire une troisième fois. Parce que quand on compare les avantages d'avoir la fève et d'être roi avec les inconvénients d'avoir la fève et de devoir régaler tout le monde dès le lendemain, y a pas photo, je préfère n'être qu'un courtisan et pas le monarque.

Ou alors, j'aurais bien aimé être choisi par le roi. Non pas comme reine, bande de ballots que vous êtes, mais comme bouffon. Ce rôle-là m'aurait assez plu. Bref, aujourd'hui, on trouve des galettes dès le début du mois de décembre, on anticipe sur tout parce que ça fait des sous dans la caisse mais du coup, le plaisir est largement émoussé.

Dans cette histoire, finalement, y a que les rois qui ont de la chance parce que eux, au moins, ils se font tirer. Les autres ?  Ils sont fanny, comme au jeu de boules ou aux cartes. C'est pourquoi on dit "et puis fanny" car alors, la partie est finie. Et oui, comme je vous le disais, tout fout le camp, ma bonne dame.