Quand je le disais, qu’il y a des jours comme ça. C’est bien ça, un coup, ça va, un coup, ça ne va pas, un coup, ça va et un coup, ça ne va plus. Le point d’orgue de mon dimanche (non travaillé), c’était d’aller voir Singing in the Rain, à l’UGC, une séance exceptionnelle parmi trois, pour les fêtes de fin d’année. Une séance à 17h30, un dimanche de pluie, au cinéma pendant les vacances scolaires, il fallait être fou pour ne pas réserver sa place via Internet. Sauf que la réservation ne permet pas de prendre son ticket plus d’une heure et moins de dix minutes avant la séance. Donc, j’ai dû y aller pour 16h30 en sachant que je n’aime pas être en retard, donc, j’y étais dès 16h15. Comme ça, je pouvais être presque sûr d’avoir une bonne place pour une heure après. Être dans les premiers à entrer dans la salle obscure. Et même être le premier.

J’ai toujours vu ce film à la télévision ou en DVD mais jamais sur grand écran alors qu’il est un de mes trois films préférés et indispensables. Un film fondateur. Un film nécessaire. Et avec une de mes idoles les plus secrètes : Gene Kelly. Oui. Si on m’avait demandé, plus jeune, ce que j’aimerais faire comme métier plus tard, j’aurais pu répondre : je voudrais être Gene Kelly. Alors, autant vous dire qu’en 1986, alors que nous roulions dans Beverly Hills avec Bernard, Éliane, Christiane et Marthe, j’ai absolument voulu voir sa maison et nous avons fini par la trouver et malgré ma timidité presque maladive, surtout en ces temps anciens, je suis allé sonner pour me faire inviter à parler voire à prendre une tasse de thé, parler de la pluie et du beau temps et de Rochefort.

Mais Gene n’était pas ici et quand il n’y a pas Gene, il n’y a pas de plaisir, pour moi. J’étais fort déçu, fort marri mais pas du tout fort Boyard. Et nous sommes repartis et j’ai ravalé ma frustration en pensant à autre chose. Et au fait que peut-être je n’aurais pas su quoi lui dire. À part tomber sous son charme pour de vrai. Et puis donc, quand le film a été annoncé, j’ai tenu à y aller. Absolument. Sur grand écran, pour une fois. Le patron est venu avec moi et grand bien lui a pris car ce fut un moment délicieux, enthousiasmant, enchanteur (sous la pluie), drôle, un peu émouvant pour moi et coloré au point d’en oublier la grisaille de ces jours derniers. Des musiques plein la tête, des danses plein les yeux. Et le cœur heureux.

Le cœur heureux mais tristounet quand même. En arrivant au cinéma, j’ai appris que Christiane était partie dans la nuit. Elle nous avait quittés. Au revoir madame et merci pour tout. Plein de souvenirs me sont remontés à la figure, j’ai sélectionné les meilleurs pour oublier les moins drôles voir les plus désagréables, comme ce dîner de septembre 2013. À la Table du Lavoir, un endroit parfait pour laver son linge sale en presque famille. Ne plus y remettre un pied. Ni les deux. Car non seulement, l’endroit est surfait, la nourriture pas top, la note, c’est ce qui vaut le plus cher et l’ambiance, ce soir-là, détestable au point qu’après l’avoir quittée, je m’étais juré que ce serait la dernière fois. Une rupture d’amitié mais non avouée. En silence. Comme les plus grandes peines.

Et là, elle s’est endormie et elle est partie. Dans la nuit de samedi à dimanche. Avant la nouvelle année. Avant son quatre-vingt-treize. Probablement en silence, pour une fois. Et malgré tout, j’espère qu’elle est partie en faisant un beau rêve. Peut-être un rêve où elle était avec Marthe. Ma rancœur peut passer à l’arrière-plan et lui souhaiter le meilleur dans sa fin. Elle est partie le jour où j’allais voir Gene Kelly en grand. Comme un clin d’œil à ce jour d’été de 1986. Je m’étais juré de ne plus jamais la revoir. Pas pour subir d’autres soirées comme celle de ce 16 septembre, pas si loin que ça et pourtant… Et pourtant, c’est elle qui m’a fait un pied de nez. Du coup, pas besoin de me casser la tête, pas de carte de vœux à faire. Juste lui souhaiter de retrouver Marthe et tant pis pour eux, là-haut. Il y en a qui risquent de regretter son arrivée. Ciao, Christiane.

P.S. pour ceux qui font le service là-haut : pour la Béarnaise, assurez-vous qu’elle n’est pas sucrée car elle n’aime pas ça, Christiane, une sauce béarnaise sucrée et comme elle est venue pour ça…