Je suis moi-même un peu en vrac. Alors, il n’est pas impossible que j’écrive tout aussi confusément. Ou en désordre. Ce qui revient sensiblement à la même chose. Je suis fatigué au kilo alors, je vais peut-être avoir du mal à éclaircir mes idées et mes propos vont sortir au kilo. Pas de détails, au pluriel. J’arrive à la fin de mon espèce de marathon de travail et j’en suis fort mal aise. Parce que je me sens la tête un peu comme dans un étau surtout avec mes nouvelles lunettes. Et ma nouvelle coupe de cheveux. Tout se situe à un niveau entre la mâchoire et mes pointes capillaires. Le reste du corps n’existe provisoirement plus. Seuls comptes mon état d’esprit, la petite graine qui pousse dans mes veines crâniennes et mon besoin de fermer les yeux le temps d’une nativité qui me pèse, elle aussi.

Et j’ai quand même en tête le fait de mettre les points sur interrogations de certain patron qu’un doute habite. Et quand je parle d’un certain patron, il n’est pas question d’un de couture ni même d’un saint du calendrier laïc. Non, il s’agit du patron qui se reconnaîtra, allez venez, Milord et prenez bien vos aises et la la, la la lala… Oui, parce que non. Le patron, il n’a pas voulu me croire quand je lui ai, comme chaque année, à ce moment propices plus aux augmentations de travail que de salaire, en ce qui me concerne depuis huit ans, quand je lui ai dit que jeudi qui vient, là, après demain que, comme nous avons coach sportif ensemble à midi, ça risque d’être vite ma fête. Et bien j’en suis fort aise, mes pieds sur une chaise et mes peines sur la table…

Parce que, et tant pis pour moi, vu que je le sais déjà mais je dois le dire et le redire, ma fête, c’est le 26 décembre car il n’existe pas de Saint-Stéphane, au sens propre de mon prénom. Je dois partager avec Étienne mais quand on y regarde de plus près, la racine est la même : Étienne, Estienne, Estéban, Steve, Stéphane, tout ça, c’est Dubonnet blanc et Dubonnet rouge. Et ce n’est pas pour rien que les habitants de Saint-Étienne sont appelés les Stéphanois. Je n’y suis peut-être pas pour grand-chose mais je n’y suis pas pour rien non plus. C’est juste cadeau. C’est de saison. Alors, que les choses soient dites, que les choses soient sues et que les choses soient sûres. Et quand les choses sont sûres, les choses sûres, chacun trouve alors soulier à son pied. Clin d’œil à Muriel. Que j’ai vue en replay chez Ruquier.  

Mais ce n’est pas tout, loin s’en faut (comme disait la Mort devant le drapeau soviétique que lui montrait Staline qu’elle considérait comme un petit joueur) car Étienne n’est pas seulement celui qui inventa le toast lors des apéritifs, non, non. Il n’est pas non plus que celui qui est un peu le patron des organisateurs de tournantes : deux qui l’Étienne et tant pis pour Monique ! Non, non, non. Étienne est aussi celui qui inventa les saints du calendrier un jour où il se demandait comment il allait faire pour voir tous ses amis car les Étienne sont très sociables et donc, très demandés. Surtout pour la qualité de son Saint-Estèphe même s’il y a des années bien meilleures que d’autres. On appelle ça des millésimes. Et 2013 fera-t-elle partie de ceux que l’histoire et le temps retiendront ?

Bref, c’est donc grâce à moi et à mes ancestraux stéphanois que tous les saints sont fêtés sauf moi. Normal, je souffre d’un léger complexe de persécution, je suis une victime inconsolable, une espèce de Caliméro pas toujours à sa place dans le monde qui l’entoure. Et comme, parallèlement, j’aime bien sortir un peu du lot, être le vilain petit canard, parfois, ça me convient car ça me met sur une espèce de podium et en même temps, me revient en mémoire ce que m’a dit Myriam, un jour, au bureau, alors qu’elle regrettait d’avoir changé de service et de ne plus travailler avec moi : « Avec toi, j’avais l’impression d’être plus intelligente. » Que voulez-vous, c’est ça le modeste destin d’un saint. Tantôt sur la première marche du podium de la vexation perpétuelle et tantôt sur le piédestal d’une simple mortelle.