Quand j’étais petit, on m’a appris à ne pas dire « je veux », mais « je voudrais », « il me plairait », « il me saurait particulièrement gré d’avoir le bonheur d’avoir… » sans oublier le « s’il te plaît », à la fin, sinon, je pouvais demander plusieurs fois sans jamais avoir ce que je voulais. Ce que j’aurais aimé avoir. Ce qu’il m’aurait été particulièrement gré d’avoir le bonheur d’avoir… », je pouvais toujours courir, je n’aurais rien eu. Que dalle. Que t’chi. Peau de balle. Alors bon, il y a toujours un moment où, enfant, on comprend ce qui est le plus rentable et on balance des « je voudrais » à tours d’envies. Avec un peu de chance, on finira bien par obtenir un petit quelque chose. Finalement, quand on est môme, intuitivement, on sait qu’il vaut mieux demander plus pour avoir un peu moins tout en sachant qu’on pourra et qu’on saura se satisfaire de moins que ce qui a été demandé. Par exemple, quand on a envie d’une boule de glace à la vanille : « je veux un cornet de glace avec deux boules à la vanille » … « pardon, je voudrais un cornet de glace avec deux boules, une à la vanille et une à la fraise… » Non, tu as vu l’heure, va pour une glace mais avec une seule boule ! « Bon, à la vanille alors !... » Et hop ! Le tour est joué.

Pour en revenir aux formules de politesse, donc, on est bien d’accord, tout le monde ? On ne dit pas « je veux » mais « je voudrais ». Oui, mais alors, comment on fait quand on doit aller chez le coiffeur, comme moi, dans une heure, chez Carlos. (oui, j’ai pris rendez-vous à 15h30. Donc, il est 14h20. CQFD !) Bonjour, Carlos, vous allez bien ? Je voudrais que vous me coupiez les cheveux. « Ah non, Stéphane, on ne dit pas cheveux, mais chevoudrais quand on est bien élevé et vous êtes bien élevé, vous Stéphane, malgré vos airs de petit polisson ? » Oui, monsieur Carlos, je suis bien élevé. Alors, tout à l’heure, pour m’alléger un peu, je vais me faire couper les chevoudrais. Une coupe d’été, un peu courte. Histoire de ne pas avoir à me coiffer quand je sors de sous la douche ou quand je retire ma casquette ou la capuche du sweat que je porte pour aller et revenir du travail. Un truc de saison, quoi ! Et ainsi, j’aurai les idées plus nettes. (et tant qu’on y est : quelle frange rigolade quand on blague avec Carlos…) et comme ça, alors que je ne fête pas Noël, je serai aux petits oignons. Aux petits grelots. C’est tout à fait d’actualité. Je me demande où je vais chercher tout ça. C’est juste que je suis un peu fatigué et quand je suis fatigué mais énervé en même temps, je dis plus de bêtises qu’en temps normal.

Et pour finir avec les formules de politesse et, tout spécialement, celle de « on ne dit pas je veux, mais je voudrais… », je voudrais (tiens, justement !) préciser que quand on est dans la négation, on peut dire « je ne veux pas » parce que sinon, si on dit « non, je ne voudrais pas y aller » par exemple, ça fait un peu mou alors que « non, je ne veux pas y aller », ça fait déterminé. Oui mais non. Un enfant qui dirait tout le temps « je ne veux pas », ça ne fait pas très obéissant, quand même. Alors, je suppose que dans certains cas, on pourrait imposer ça : « je veux que tu utilises le conditionnel de politesse » « toi-même ! ». Et ça m’amène à la chute que je mûris depuis tout à l’heure dans mon esprit en sinécure : quand on va recevoir Christophe et Christine, vers le 18 janvier, pourra-t-on dire à Christophe : « bonjour neveu ! » ou devra-t-on plutôt dire : « bonjour nevoudrais » ? La question méritait d’être posée. Sans quoi, j’aurais ruminé ça jusqu’à ce que je la pose un jour. Et moi, je ne veux pas ruminer des questionnements aussi existentiels qu’essentiels. Ou aussi essentiels qu’existentiels. Zut ! Tout d’un coup, je ne me souviens plus de ce que disait Sartre : qui précède l’autre, l’essence ou l’existence ?