Comme chaque lundi matin, je commence ma course effrénée contre le temps par prendre mon caddie à commissions et je me rends à pieds place Pey Berland, à une station de tram d’en bas de chez moi pour récupérer les journaux gratuits parce que, après tout, si c’est gratuit, pourquoi s’en priver ? Et là, muni de mes trois quotidiens vraiment pas chers, je vais en tête de quai pour monter dans la prochaine rame qui voudra bien m’emmener deux stations plus loin, à Meriadeck, là où se trouve un hypermarché dont le nom n’est pas Enville. Contrairement à la réalité puisqu’il est au cœur de la ville, justement et pas aux champs. Voilà, c’est dit.  Les plus malins auront définitivement compris de quelle enseigne il s’agit. Et là, je fais mes courses pour jusqu’au vendredi midi car j’y retourne justement le vendredi après-midi. Les choses sont si bien faites, ça m’étonnera toujours ça.

Sauf que cette semaine, étant donné que je vais travailler quasiment en non-stop, de jeudi à mardi prochain, dimanche et lundi compris alors que ce sont mes deux jours de repos habituels (peut-être vais-je travailler de vendredi à mardi prochain mais ça, c’est un point de détail qui est en cours d’approbation), j’ai donc décidé de modifier l’ordonnancement de mon intendance personnelle. Je retournerai là-bas mercredi ou jeudi, en fonction de la journée qui me sera octroyée en milieu de semaine. A priori, c’est mercredi mais comme je suis un rebelle, j’ai contesté pour avoir le jeudi. On a les révoltes qu’on peut. Et la bravitude qu’on mérite. Bref, je ferai donc sans doute mes courses alimentaires en trois fois, cette semaine.
Waow ! C’est comme si j’avais un tour gratuit, quoi. Et quand c’est gratuit, pourquoi s’en priver ?

Après mes courses, de ce matin, je reviens chez moi et au sujet premier de ce billet. Je range tout quoi dans le réfrigérateur, quoi dans le meuble à épicerie et quoi comme ça, en vrac, ce sera pour emporter au bureau demain matin. Tiens, d’ailleurs, j’ai oublié de prendre un paquet de pruneaux. Normal, je ne l’avais pas noté sur ma liste. Des pruneaux de première gamme, dénoyautés, c’est juste pour mettre dans la salade de fruits quotidienne pour les petits déjeuners. Il faudra que j’y pense, mercredi ou jeudi, selon quel sera mon jour de repos. Jour de repos qui sera comme un jour gratuit en plein milieu de semaine. Et quand c’est gratuit, pourquoi se priver, hein ?  Bref, j’ai rangé mes courses et j’ai préparé mon sac pour aller à la salle de sports.

Et pour continuer sur la même lancée, courir, courir, encore et toujours courir (vous pouvez m’appeler Rain Man…), je fais précuire mon repas pour le déjeuner car comme ça, quand je rentrerai de la salle de sports, je n’aurais plus qu’à mettre le couvert, sauf si le président l’a fait avant que j’arrive et nous pourrons déjeuner tranquillement. Mais entre-temps, je serai donc passé à la salle de remise en forme où, avec un peu de chance, il y aura du café, cette fois. Et ça me fera plaisir d’en boire un deuxième car je n’ai pas le courage de m’en préparer un autre, là, avant d’y aller. Et là-bas, quand il y en a, c’est offert. C’est gratuit. Et si c’est gratuit, pourquoi s’en priver ? En même temps, il n’est pas très bon. C’est juste histoire. Et là, je ferai entre une heure et une heure trente de cardio. Ou entre une heure de cardio et une heure trente de présence. Je papoterai avec le patron qui, en général, vient aussi le lundi matin à peu près à la même heure que moi.

Nous marcherons, moi vite, trop vite, sans doute. Nous parlerons. Je ferai peut-être plutôt de l’elliptique que du tapis. Mais j’irai sans doute trop vite et trop fort et on saura me le faire remarquer. Mais bon, si je vais là-bas, c’est pour transpirer. Sinon, je trouve que ça ne vaut pas. Et nous irons prendre la douche pour se rincer de toute cette dépense physique. Et une dépense physique, ce n’est jamais gratuit. Et quand ce n’est pas gratuit, pourquoi s’en pr… ? Non, je veux dire que si c’est payant, pourquoi ne pas s’en priver. Ou l’inverse. Enfin bon, quoi ! Après, j’irai déjeuner. Et je préparerai le repas du soir si je peux. Ou alors j’irai à la bibliothèque avant d’aller chez l’acupuncteur. Je n’aurai jamais le temps de me faire un ciné, alors ? Même gratuit ? Bof, non. Ou alors, il faudrait me payer.