Ça aura été difficile d’y échapper mais depuis ce matin (depuis hier soir, en vérité, je vous le dis) et probablement encore jusqu’à ce soir (et peut-être même jusqu’à demain, si vous le voulez bien), on n’a pas le choix des armes, juste le choix des larmes. Si vous voulez pleurer de chagrin, vous tapez 1, pour Nelson Mandela. Si vous voulez pleurer d’émotion plutôt heureuse, vous tapez 2, pour la nouvelle Miss France, celle de 2014, certainement un bon cru avec un arrière-goût de banane et d’amande. Si vous voulez pleurer d’émotion plutôt genre serrage de kiki, vous tapez 3, pour le Téléthon et tous ces enfants courageux à qui il arrive ce qu’il y a de pire et pour tous ces bénévoles comme les Pompiers de Paris qui rapportent toujours un chèque à 6 zéros, nos héros.

Il est impossible de passer à travers les mailles du filet des medias, redoutables prédateurs tels des araignées venimeuses qui vous inoculent leur poison du prêt-à-penser, du prêt-à-émouvoir et du prêt-à-pleurer. On n’a pas le choix : à la télé, à la radio, dans la presse écrite, sur la toile et dans les réseaux sociaux (j’imagine, pour ces derniers car je ne suis membre d’aucun d’eux), on ne parle que de ça. L’élection de la nouvelle Miss France et tous les faux débats-polémiques autour des propos de Jean-Pierre Foucault et la ville de Dijon, autour de Miss Je-ne-sais-plus-quoi qu’on a dégradé et déchue de son titre car elle a posé pour des photos de charme alors que c’est contraire au règlement. Et d’Alain Delon qui ne serait plus président du jury, bref, on s’en fout un peu, non ? Sauf s’il n’y rien de plus grave ou de plus important autour de nous.

Ensuite, c’est la mort de Nelson Mandela. Déjà, quand il est tombé malade une première fois, on avait eu droit à une pré-nécrologie un peu envahissante. Il s’en est ressorti, on en a juste dit quelques mots alors que c’était ça, la nouvelle qu’il fallait souligner. C’en était une bonne, pour une fois. Quand il est tombé malade une seconde fois, on a eu droit à une deuxième pré-nécrologie saison 2 mais là, on a déjà frisé l’indigestion. Je me suis dit que la fois suivante, ce serait de trop. La fois suivante est arrivée. Un grand homme est mort mais la vie continue et on a s’est déjà beaucoup lamenté sur son compte. Si ça se trouve, il est mieux là où il est. À propos, où en est-on de la fin de vie, en France ? On attend quoi ? Jean-Luc, on est avec toi, tu sais…

Enfin, c’est le téléthon et ses appels aux dons avec ce côté moralisateur, tu donnes, c’est bien, tu ne donnes pas, on te montre du doigt (sauf si tu as trop d’arthrose, car on risque de montrer la personne à côté de toi, qui elle, a donné et alors, tu lui fous la honte pour rien, c’est terriblement injuste mais la vie est injuste, regardez, pourquoi les dictateurs, ils n’ont jamais de maladie orpheline alors qu’ils passent leur vie à en faire, des orphelins, eux ?) et puis, bon, ils font quoi, les nantis, les redevables de la grosse tranche d’imposition ? Les taxés à 75% ? Hein ? Je dis ça, je dis rien, je constate, c’est tout. Moi, ce soir, je fais une pissaladière, je crois que c’est de bon ton (alors que j’y mets des anchois, comme c’est prévu dans la recette) pour ce premier samedi de décembre alors que les rues sont pleines de gens qui s’en foutent de tout ça. Noël, c’est dans trois semaines et ça, c’est important.

Enfin voilà, quoi, sur Arte, il y a la Traviata, ce soir. Violetta, elle aussi, elle est si gravement malade qu’elle meurt avant la fin de l’opéra et du coup, Verdi, il a dû l’arrêter au moment où elle est morte parce que sinon, à quoi bon ? Elle est morte dans des souffrances physiques et morales terribles. Et pourtant, personne n’a jamais tendu la main vers elle pour récolter des fonds. La maladie d’amour… tout le monde s’en fout. Alors moi, là, pendant que mes oignons fricassent doucement avec de l’ail et du thym, j’imagine, ce soir, quand on va demander à Miss Quelque-Chose : « Le Téléthon, vous en pensez quoi ? » « Je suis contre les maladies qui touchent les enfants, c’est trop triste… » « Et la mort de Nelson Mandela ? » « Je crois que c’est très triste, je suis contre la mort de Nelson Mandela… » Vivement demain, tiens ! Qu’on passe à autre chose…