Ce matin, aucun lapin n’a tué de chasseur mais il s’en est fallu de peu. Cette phrase d’introduction n’a aucun rapport avec ce qui va suivre. C’est juste que j’ai eu envie d’écrire ça. Mais en revanche, ce matin, quand même, il s’est passé un micro-événement, quand j’ai quitté chez moi pour aller prendre mon tramway, celui qui m’emmène à mon travail, là-bas, à Lormont Lauriers… dans les hauteurs d’ailleurs, dans les hauts de là. De là-bas.

Je m’étais bien levé, ou presque, après une bonne nuit, ou presque et j’avais pris un grand café et de la salade de fruits, je m’étais pris une douche bien revigorante et j’avais même eu le temps de prendre un peu mon temps. Plus que d’habitude. Tout semblait aller bien dans le meilleur des mondes. Hormis le froid un peu brumeux qui m’attendait pour que j’attendre le tram moi-même sur le quai. Puisque j’étais en avance. En avance sur mon temps ?

À 5h15 et quelques, je sors de l’appartement, en ayant bien pris soin de ne pas oublier le petit sac poubelle que j’avais prévu de déposer dans un conteneur, j’avais le temps pour cela. Et me voici en train de descendre les cinq étages. À pieds, parce que j’avais le temps pour ça. Et, presque arrivé au rez-de-chaussée, je réalise que j’ai oublié quelque chose d’important pour ne pas dire d’essentiel. Mais, n’ayant plus réellement le temps de remonter pour faire ce que je n’avais pas fait, j’ai choisi d’ignorer l’oubli (!!!) et de faire comme si de rien n’était. En soupirant.

Plus facile à dire qu’à faire puisque je n’ai pensé qu’à ça pendant un bon moment à partir de cet instant-là : j’avais oublié de me laver les dents ! Heureusement que je n’avais pas une haleine de chacal parce que sinon, ça m’aurait gâché ma journée, je me connais, je me suis si prévisible… Quoiqu’il en soit, ça m’a travaillé l’esprit parce que je n’aime pas ça. On ne sait jamais. Quelqu’un qui me parle dans le tramway… Encore que là, on n’est pas obligés de se parler sous le nez mais bon, forcément, j’ai pensé que ça pourrait être désagréable même pour un contrôleur…

Je n’ai eu besoin de parler à personne. J’ai pris soin de fermer la bulle dans laquelle je vis, afin de ne pas être dérangé ni tenté par le diable. Et j’ai commencé à mâcher un chewing-gum. Et je suis passé à autre chose. Et la fin de la lecture du livre de Sacha, il m’aura fallu près de trois semaines pour arriver à le fermer, j’ai pris mon temps. Parce que je me sentais bien, dedans, mais parfois, je levais la tête en soupirant. Quand même, si ça se trouve, je suis passé à côté de quelque chose… J’aurais bien volontiers tenu la jactance à un noctambule afin de voir si mon haleine était pire que la sienne. Et me venger de toutes les fois où j’ai été gêné par les fragrances imbibées des ivrognes de fin de nuit.