C’est après un petit moment d’effarement que j’ai pu renouer avec la confiance, un début de sérénité et une forme d’acceptation. Tout ça, c’est un peu synonymes et compagnie mais c’est ainsi que je l’ai ressenti. Un moment d’égarement comme quand on perd quelqu’un des yeux, dans la foule, dans une foule. Un moment de panique à se faire des extrasystoles de dingue. À battre la chamade mais à l’envers car là, ce n’est pas pour l’être aimé, c’est parce qu’on a craint de l’avoir perdu, cet être aimé. Cet être cher. Et c’est un peu ce qui m’est arrivé en ce week-end de commémoration du presque centenaire de la Grande Guerre, celle qui fit le plus de dégâts chez les gars qui étaient partis nous défendre corps et âme. Et moi, j’ai cru perdre mon âme, là, pendant que mon corps s’inquiétait sans outre mesure, bien au contraire. Il a plu tout le week-end et c’était bien assorti à ce que je ressentais au plus profond de moi. Une espèce de sentiment humide, mouillé cherchant sa rouille du bout des doigts. Mais je ne suis pas le seul à m’être repris. Les choses se sont arrangées. Semblent s’être arrangées. The show must go on…

Un souffle de panique. Un affolement. Un déni. Un cri dans le silence qui m’a envahi et qui n’a résonné que dans ma tête et dans mon corps. Munch aurait été fier de moi et ce cri, avant d’être libérateur, il fut éprouvant comme si je m’allais m’étouffer avec. Dedans. Comme si j’avais marché dedans et glissé dans une espèce de flaque de mollesse. Mais de cette mollesse qui fait mal, rigide comme du bois, dure comme un roc et sans humanité. Un état proche de l’hébétude au moment de me relever. Hébétude ? Suis-je bête ! Plutôt un pessimisme à toute épreuve comme preuve de la vacuité probable d’une absence redoutée. Mais on peut renoncer aux absences. J’y ai pensé fort. Si fort que ça a fini par marcher. Et j’ai pu avancer, justement, droit dans mes bottes. Fragilisé moi aussi. Mais avec de l’espérance plein mes souliers. Il m’en fallait pour deux. J’en avais soudain même à revendre. Mais je ne suis pas mercantile et j’ai préféré en offrir à qui de droit. Fait don, faire obole, faire offrande. M’allouer. Je me suis mis en disponibilité pour pouvoir être en allocation. Ça m’a rappelé des souvenirs et arraché un petit sourire.

De l’espérance plein mes souliers. Mais comme mes lacets étaient défaits, il m’a fallu les renouer. Tout en me maudissant car je n’avais pas été là. Car je n’étais pas assez ceci et trop cela. Parce que je me suis accroché un badge de culpabilité sur la poitrine, là, juste à la place du cœur. J’ai voulu m’ouvrir les vannes mais la coulpe a été vite pleine. Et j’ai dû boire ma peur du vide jusqu’à l’hallali. Toute honte bue, je me suis retrouvé comme une éponge abandonnée. J’avais besoin de son eau de vie. De ses ondes positives. De nos larmes parfois réunies dans une émotion partagée. Celle des retrouvailles. Quelle bonne idée ! Je suis d’accord. Moi aussi, j’ai voulu renouer. J’ai renoué mes lacets et je me suis dit que plus jamais nous ne tomberions, nous ne chuterions. Chut ! Laisse le silence se faire et nous envelopper dans une sorte de bien-être, entre nous, entre toi et moi, pas besoin de parler. Surtout en ce moment. Pas de bruit extérieur, s’il vous plaît. Don’t disturb. Ne nous faites pas offense, laissez-vous respirer après cet essoufflement subi. Aujourd’hui, nos lacets sont renoués. Enfin.