Oui, je sais que je ne suis pas mal comme fille. Je pense même que parfois, je peux être plutôt pas mal. Si, si. Avec un peu de fond de teint, de fard à joue et une bonne petite jupe courte, je pense que je peux faire tourner les regards des hommes sur moi. Bon, oui, d’accord, en plus, je mets mes seins en valeur parce que c’est aussi ce qu’ils cherchent. Parce qu’ils ne pensent qu’à ça, les hommes. Surtout quand ils me regardent moi. Parce que j’en connais d’autres, personne ne se retourne sur elles. Et ce n’est pas la peine d’aller chercher bien loin. Il n’y a qu’à voir au bureau. Je ne vais pas citer de nom mais tout le monde m’aura compris. En tout cas, sur le podium des filles pas mal, je pense que je ne serai pas la dernière. Peut-être pas la première mais pas la dernière. Peut-être pas la première ? Oh, si je fais un effort, je suis sûre que je peux monter sur la plus haute marche. Quand on voit la concurrence. Il y a bien ma collègue directe, celle qui bosse sous mes ordres, dans le même bureau que moi mais elle est tellement petite. Elle fait encore petite fille alors que moi, même si ne suis pas si grande que ça, je suis quand même plus grande qu’elle et donc, on me remarque mieux. Et plus vite.

Le problème, c’est que les mecs, quand ils me regardent, je vois bien qu’ils ne pensent qu’à me sauter. De toute façon, tout le monde ne pense jamais qu’à me sauter. Même les filles, elles doivent penser que tout le monde ne pense qu’à me sauter. Alors, ça me met en concurrence déloyale parce que je n’ai rien demandé, moi. Ce n’est pas ma faute, quand même, si je suis une fille pas mal, bien foutue, avec une jolie poitrine, un beau petit cul et une gueule plutôt pas mal. En plus, je suis encore jeune puisque je n’ai pas encore trente ans. J’ai une bonne situation, puisque je suis chef. Et je ne suis pas une conne puisque j’ai fait des études de droit. Oui, pour les études, j’étais plutôt adroite. Alors, bon, qu’est-ce que j’y peux, moi si j’ai tous ces avantages que n’ont pas bien des nanas que je croise un peu partout. Et pourtant, je ne suis pas miss France. C’est dire. D’ailleurs, je dis ça, je ne dis rien. En tout cas, tous, oui, tous, tous les mecs, quand ils me regardent, je vois bien qu’ils ne pensent qu’à me sauter. Même les homos.  Je serais capable de les rendre hétéros si seulement ils voulaient bien que je leur montre un peu comment on fait. Et ce qu’ils perdent. Bon, de toute façon, la question ne se pose pas plus que ça, je ne suis pas prête à coucher, moi. Je ne pense pas qu’à ça, moi.

Alors que eux, tous les mecs, ils ne pensent qu’à ça. Je le vois bien dans leurs yeux quand je parle avec eux. Ils ne me regardent jamais dans les miens mais toujours en-dessous. Même quand je porte un col roulé. Ils sont là, ils bavent presque devant moi alors qu’au fond, je sais bien à quoi ils pensent. À me sauter. Ni plus, ni moins. Même si je leur parle boulot, ils ne m’écoutent qu’à moitié. L’autre moitié est en train de supplier de dire oui mais moi, au boulot, je suis boulot. Ce n’est pas de ma faute si eux, ils pensent d’abord au cul. Et je ne vous raconte pas les allusions salaces. Je n’ai pas intérêt à ce qu’on me voit manger une banane, sinon, j’en entends parler pendant des jours. Et l’autre fois, quand je suis allée déjeuner avec un des commerciaux que je préfère, j’ai pris une andouillette. Je ne vous dis pas, tout le boulot en a entendu parler. Et tout le monde avec des yeux brillants. Ils sont tous lubriques, c’est incroyable. Comment ils font pour ne penser qu’à ça ? Moi, je n’en parle jamais. J’ai d’autres chats à fouetter. Comment ? Oui, j’arrive. Excusez-moi, mais il y a un client qui a demandé à me voir. Je sais bien que ce n’est pas pour ses règlements en retard mais c’est parce qu’il a envie de me sauter, en fait. C’est le prétexte pour me voir qu’il apporte peut-être un chèque. Allez, je range mes seins et j’y vais. À bientôt.