Oh non, je ne suis pas idiote. Je me suis acheté une paire de bottes mais comme elle coûtait un peu cher, je n’ai pas gardé la boîte, je les ai rangées comme j’ai pu dans mon grand sac, en les repliant et comme ça, quand je suis rentrée chez moi, hop, ni vu, ni connu, j’ai été gavé tranquille. Mon mec ne m’a pas posé de question. Et comme il est parti en déplacement pour la semaine, aujourd’hui, je les ai mises. Vous les trouvez comment, mes bottes ? Hein ? Dites, vous les trouvez comment, mes nouvelles bottes ?

Ben euh, à vrai dire, banales, ce sont des bottes, quoi ! Pourquoi, tu les trouves pas belles ? Elles ont coûté combien ? 150 euros ! Eh bien non, à ce prix-là, elles sont loin d’être exceptionnelles… On ne peut pas dire que ça fait plaisir de porter des nouvelles bottes ici, franchement… Qu’est-ce que vous êtes étroits d’esprit. Vous n’avez aucun goût pour les belles choses.

Parce que moi, mes nouvelles bottes, je les trouve vachement classe. Gavé belles. Il faudra juste pas dire le prix à mon mec quand il rentrera de son déplacement, car il ne serait pas super content. Comme j’ai déjà une dizaine de paires de toutes les couleurs et de toutes les matières, à la maison. Vous lui direz pas, hein ? Et pourquoi vous les trouvez pas géniales alors qu’elles sont gavé bien ? Non, mais dites-moi, dites-moi pourquoi. En plus, 150 euros, c’était pas si cher que ça, c’est du vrai cuir, quand même !

Tu vois, petite, à ce prix-là, ça ne les vaut pas. Si tu m’avais dit 30 euros, je les aurais trouvées pas si mal que ça, mais là, elles n’ont rien d’exceptionnel. En fait, elles sont gavé jolies mais elles me font mal aux pieds, là, derrière. Je suis sûr que tu ne vas plus jamais les porter, alors. Y a des chances, oui, comme elles me font mal, je vais les laisser de côté. Tu as vraiment le sens du gaspillage, toi, c’est bien.

Ah tiens, au fait, vous savez pas, j’ai pensé à vous, hier, j’étais chez mes parents et j’ai entendu qu’on allait revenir aux heures supplémentaires défiscalisées. Ah bon, tu as entendu ça où ? Je pensais que tu n’écoutais jamais la radio, que tu ne regardais jamais les infos à la télé et que tu ne lisais jamais le journal ! Hier, j’étais chez mes parents et forcément, comme mon père il est passionné par la politique, il m’a expliqué et avec lui, je comprends toujours tout. Dis-nous, alors.

Ben voilà, c’est gavé simple. En 2014, il y aura des élections et la droite va passer et elle va voter la redéfiscalisation des heures supplémentaires. C’est aussi simple que ça. Quelles élections ? Celles de 2014 ! Ce sont des municipales, ce ne sont pas les maires qui font les lois. D’ailleurs, tu votes, toi, aux municipales ? Non, je n’aime pas le maire alors je ne vote pas. Comme ça, je suis tranquille. Quand je pense que dans certains pays, des gens meurent pour avoir le droit de vote. Oui, mais moi je m’en fous. Qu’est-ce qu’elles me font mal ces bottes, je vais les jeter.

En tout cas, on va pouvoir gagner de l’argent l’année prochaine avec les heures supplémentaires. À mon avis, soit ton père t’a mal expliqué, soit tu n’as retenu que ce qui te faisait plaisir, mais si ça se trouve, ce qu’il a voulu te dire, c’est qu’un journaliste a peut-être fait un scénario pour après les présidentielles de 2017 mais je ne vois pas comment on pourrait changer de députés avant. Je ne vois pas Hollande dissoudre l’Assemblée pendant son mandat.Non, ça ne viendrait pas des députés, c’est l’année prochaine que la droite va revenir au pouvoir et nous redonner nos droits. Si tu le crois, c’est bien. Qu’est-ce qu’elles me font mal ces bottes. Je vais en acheter d’autres. Et pour pas que mon mec et mon fils soient jaloux, je vais leur faire un cadeau aussi, à eux.