Je me souviens fort bien de notre séjour à Cordoba (l’an passé) lors de notre séjour en Andalousie. Et même si j’avais également beaucoup aimé voire encore plus aimé des endroits comme Ronda ou Granada, il n’en reste pas moins que je garde de Cordoba des images très marquées. Des ambiances. Des odeurs et des goûts. Je ne suis pas spécialement plus sucré que ça (hum !) et d’ordinaire, j’ai une propension à préférer le salé mais là, je me souviens de cette tarta de piñones dégustée à deux reprises dans ce restaurant-bar à tapas qui ne payait pas de mine, un peu excentré mais tellement plaisant. Je me souviens de ces ruelles, dont certaines étaient immaculées et faisaient penser à la Grèce, de ces patios et de ces balcons fleuris. Je me souviens que nous avons visité la Mezquita, grandiose et limite intimidante, mon premier contact avec l’art religieux hispano-mauresque, témoin de la foi chrétienne et de la foi musulmane. Témoignage, témoignage. Témoignage de fois, quoi.  Et je fus mon propre témoin de grands plaisirs. C’était le véritable début d’une aventure andalouse qui fut un bonheur de tous les instants.

Je me souviens, me recuerdo, de notre promenade le long du Guadalquivir, en soirée, après un repas de tapas, comme nous venions d’en prendre déjà l’habitude. Je me souviens très bien de l’air frais qui nous caressait les visages et qui me donnait envie de poésie et de grandiloquence. Je me souviendrai longtemps de ce grand fleuve tranquille que nous allions retrouver à Sevilla pour deux ou trois promenades au long de son long et entre autres, de cette soirée où nous avions croisé et recroisé une sorte de fanfare qui répétait un air entêtant, limite hypnotisant, destiné à une procession un ou deux jours après. Et cette envie que j’ai eue, vite réfrénée, de marcher au pas avec eux. Au temps pour moi… En vue d’une procession. Et de mon caprice (des Dieux ?) pour aller voir le Christ aux Lanternes, une seule étoile dans les guides touristiques. Mais la description qui était faite de ce « monument » m’intriguait et me donnait le besoin d’aller le voir de près. Et nous y sommes allés, tranquillement, sans trop savoir ce que nous allions réellement trouver au coin d’une ruelle ou au hasard d’un débouché sur une place.

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On arrive soudain sur une place, justement. Une place un peu nue, un peu crue, blanche, un peu vide, un peu décrépite, désertée et qui fait la révérence au pied du monastère des Capucins. Pas tout à fait mais presque en son centre, il est là, le Christ en croix entouré des lanternes qui semblent le protéger. On pourrait le croire abandonné de tous mais non, à ses pieds, des bougies et des fleurs sont déposées en dévotion par celles et ceux qui prennent soin de lui comme il prend certainement soin d’eux. Et malgré soi, on est un peu obligé de se taire et de respecter un certain silence, c’est un lieu simple mais qui en impose par son symbolisme et sa facture. À l’opposé de la place, un grand escalier orné de part et d’autre de gigantesques bougainvillées aux couleurs vives qui tranchent dans tout ce blanc parfois pas toujours pur. J’ai toujours cette image au fond de moi. Ce Christ comme esseulé. Comme délaissé. J’aurais dû y revenir à la nuit tombée pour voir, pour le voir autrement, peut-être éclairé. Et alors, alors là, là seulement, peut-être aurais-je un une illumination : s’il y a un endroit où ça peut se produire, c’est bien là, de prendre le messie pour une lanterne.