Ça devait être une drôle de journée que celle, annoncée, de ce mercredi d’octobre. Parce que, d’une part, il était prévu une coupure d’eau générale dans l’immeuble, de 8h30 à 16h30 pour permettre une intervention  de spécialistes de venir poser des sous-compteurs au premier étage de l’immeuble dans lequel je réside. Parce que cela devait déjà être fait, il y a quelques mois de cela pour une mauvaise coordination des corps de métiers et parce que ça avait donc été reporté et c’est justement tombé aujourd'hui, 23 octobre. Alors, comme chaque fois dans ce genre de cas-là, il faut prendre ses précautions et prévoir de remplir une ou deux bassines pour les besoins minimum en eau pendant tout le temps de la coupure. Et je suis rentré de mon travail avec ça en tête en sachant qu’aujourd’hui, je resterai assez tard avec cette impression de sentir le poisson tant que je n’aurai pas pris une bonne douche de débauche. Sentir la marée. Comme un poisson dans l’eau. Qui est coupée. Ça n’a pas de sens, quand on y regarde de près.

Et en plus, c’est justement le jour où des ouvriers devaient venir réparer un trou au plafond de ma propre douche. Donc, les choses s’organisant de cette façon, ça tombait plutôt bien car il fallait justement couper l’eau chez moi pour ça. Sauf que depuis deux semaines, nous avons une fuite systématique, non pas de capitaux, mais d’eau dans la salle du même nom. Et ça, uniquement quand le président se lave avec le gros pommeau fixe. Moi, qui ne suis qu’un simple sujet, je me sers du pommeau flexible et comme mon débit est moins important que celui du président, je n’inonde jamais le sol. Et ça, on a découvert hier que ça venait des travaux de l’appartement d’à-côté. Bref, tout s’est bien combiné pour que tout soit fait en temps et en heure le même jour. Un jour de soleil depuis le matin. Sauf qu’il s’est mis à tomber des cordes aussi brutales que fortes, au moment où je suis rentré à la maison. Et franchement, arrivé trempé un jour de coupure d’eau, il fallait oser. Il fallait oser et je l’ai fait. Je ne me remercierai jamais assez.

Je suis donc rentré chez moi trempé comme une vache qui pisse alors qu’il continuait de pleuvoir comme une soupe. J’ai appris que les travaux nécessitant la coupure d’eau étaient terminés et que bon, on pouvait ouvrir les robinets en toute tranquillité. Et les deux bassines qui étaient toujours là, quasiment autant pleines que ce matin quand je suis parti travailler. Mon Dieu, que d’eau, que d’eau. Ce n’était vraiment pas la peine d’en réserver autant, il aurait suffi de les mettre sur le balcon et d’attendre. Maintenant, que vais-je bien pouvoir en faire à part m’en servir comme de deux chasses d’eau en cas de besoin ? Oui, j’ai bien pensé profiter de cette pluie drue et abondante pour les déverser dans la rue depuis le cinquième étage. Personne n’y aurait vu que du feu ( ! ), je pense. Mouillé pour mouillé, des fois, hein ? Et si on m’avait vu, j’aurais fait l’innocent en faisant croire que je téléphonais. C’était plutôt crédible, je pense : à l’eau, à l’eau ? Je ne vous entends pas bien. Gloub, gloub.