Il y a des expressions dans la vie courante qui sont géniales, d’autres qui sont amusantes et de nombreuses qui sont d’une bêtise affligeante. Je parle de la nouvelle façon de parler des jeunes, de celle qui fait qu’on a creusé un fossé entre les moins de vingt ans voire les moins de trente ans et moi qui en ai gavé deux fois plus ou presque gavé trois fois plus suivant si c’est vingt ou trente. Alors, ce soir, je vais mettre de l’ordre dans mes cheveux, un peu plus de noir sur mes yeux et j’espère que ça  vous ira. De toute façon, il n’y aura que ça au menu.

Plaît-il ? Oui, parce que si je ne prends que l’exemple flagrant de Martin, que j’adore, pourtant, il y a des moments où je l’aurais baffé tant sa façon de parler témoignait d’un je-m’en-foutisme linguistique déplorable. Parce que, avec Martin, les « gavé bon », les « gavé bien », les « trop pas » et autres tournures non pas idiomatiques mais idiotes, ça fleurissait comme des boutons d’acné sur des faciès aussi gras que l’intellect de leur propriétaire était mince. Quelle misère !

Une de celles qui m’amuse, au contraire, c’est quand on dit de quelqu’un ou à quelqu’un : je suis raide dingue de toi. Moi, oui, je sais ce que c’est que d’être raide dingue de quelqu’un. Et quelqu’un le sait. Et se reconnaîtra. Et qui vivra verra. Mais malheureusement, je ne peux pas être tout le temps gavé raide dingue et parfois, je le suis trop pas. Désolé. J’ai vu qui vous savez, l’autre soir et je pense que le temps d’incubation est passé et ça y est, je suis contaminé. Il va falloir que je relise Roman Jakobson, Benjamin Lee Whorf et Antoine Meillet pour retrouver mon teint de jeune homme parlant bien. Et me refaire une santé au niveau du langage.

Avant de digresser, je parlais de cette expression plutôt drôle qu’est « raide dingue de toi. » En fait, c’est drôle à condition que ça ne dure pas tout le temps car sinon, on risque de tomber dans un mal encore plus dur : le priapisme. Mais moi, je peux vous dire que si je suis facile raide de toi, heureusement, je sais raison garder et me retrouver dans un état normal, un état où je sais ce que le repos signifie et où même je peux le tutoyer, le repos tant nous sommes complices. Et pas seulement quand je dors avec toi. Même si j’aime que nous dormions ensemble.

Eh oui, parfois, je suis autant raide dingue de toi que bien souvent, je suis moldingue de toi. Dingue mais mou. Dingue mais mollement. Alors, si je critique les jeunes qui ne savent que reproduire des expressions qu’ils ont entendu et qui n’apportent pas toujours leur pierre à l’édifice du langage, je pense que créer des néologismes, tant pis si je tombe dans le pléonasme, mais créer des néologismes, ça fait aussi du bien. Et qui sait, dans cent ans, on le dira peut-être encore, moldingue de toi. Et même dans cent ans, moi, je t’aimerai toujours gavé.