Le ciel est par-dessous le toit et je suis par-dessous le toit et je suis sous toi, en dessous de tout. En dessous de toi. Si nerveux et si calme. Si gris et pas qu’à travers mes cheveux. Ni seulement au travers de mon âme. À peine grise. Juste un peu éméchée. Ivre de toi. Qu’importe le flacon pourvu que tu me donnes ton ivresse. Et si je me suis livré à toi. En corps et en corps. J’ai le cœur qui bat, qui bat, qui bat… boum, boum, boum fait sa grosse caisse et ma chamade se terre dans son coin un peu apeurée de tant de bruit aussi violent.

Le ciel est bas, si bas qu’il semble par-dessous les toits. Le ciel est gris, si gris qu’à la nuit, on n’y distingue plus un chat. Le ciel est lourd, si lourd qu’il m’est impossible de redresse la tête sans me demander un effort qui me paraît insurmontable. On dit pourtant que seules les montagnes ne se rencontrent pas. Moi, je suis loin d’être une montagne, à peine un vallon qui, aujourd’hui, bute contre tout. En proie à tous les doutes. Où es-tu quand tu es ailleurs qu’au-dessus de moi ?

Le ciel est si bas que je ne peux pas te voir à travers l’épaisse densité des nuages qui se suivent comme les jours succèdent aux jours, en se ressemblant comme deux gouttes d’eau. Comme deux mille gouttes d’eau. Comme deux millions de gouttes d’eau. Comme deux myriades de gouttes d’eau. Bien serrées. Il n’est pas question de vapeur. Pas même toutes voiles dehors. Voguent mes galères, le ciel est si bas que toi tu es largement au-dessus de lui. Près de l’astre qui luit. Sans doute. Peut-être.

Le ciel est bas, une cloche tinte et un oiseau invisible chante sa plainte. Et moi, je me languis. Oh oui, la vie est là mais elle ne me prend pas par le bras et rien n’est magnifique sauf cette attente aussi lourde qu’est le ciel, bas, gris, calme. Mais il faut se méfier du ciel qui dort. Ce n’est pas un oiseau qui chante, c’est mon cœur qui se lamente. Parfois, il a des hâtes qui sont incompatibles avec la vie qui est là, qui impose sa loi. Mon cœur en est hors. Wanted.

Le ciel est par-dessous le toit et une paisible rumeur qui vient de la ville, écrasée de ses solitudes et envahie de la mienne, je suis là, je suis las et je suis par-dessous le ciel par-dessous les toits, par-dessous toi. Je ne pleure pas ma jeunesse, elle en a encore à venir pour moi. Mais quand ? Mais où ? Mais comment ? J’écoute le chant de l’oiseau qui m’apportera peut-être une réponse. Mais les pigeons voyageurs ne peuvent pas percer les mystères d’un ciel si bas. J’attendrai donc encore. Et encore.