Je ne connais personne dans mon entourage qui n'ait jamais hésité sur le pluriel de certains mots, ou plus précisément, certains adjectifs comme "banal", pour ne citer que celui-là. Alors, ce soir, j'ai décidé de vous donner à tous un cours magistral et j'espère que désormais, ce mot n'aura plus de secret pour vous et que ce sera alors l'aube d'un monde meilleur où tout le monde saura accorder banal en genre et en nombre.

Si je vous dis, en parlant des deux moulins qui sont là-haut, sur la colline, que ce sont deux moulins banals et banaux, me croirez-vous seulement ? Pardon ? Oui, j'en vois un, là-bas, qui lève la main pour dire que ce sont deux moulins banals. Et derrière, deux moulins banaux.

En réalité, ils peuvent être les deux, ces deux moulins. Non pas parce que banal s'accorde n'importe comment avec n'importe quoi mais tout simplement parce que banal a deux sens et donc, si ça signifie "commun, courant voire ordinaire", on lui met un "S" à la fin et si ça signifie que c'est un moulin dont l'usage était imposé par un suzerain à ses vassaux, donc, qui bénéficiait du droit de banalité (qui vient de "ban"), il se transforme en banaux. 

Je ne sais pas si c'est clair pour vous, qui n'êtes pas habitué à ces méandres du langage. Je suis sûr que vous auriez préféré que j'en sorte une bien bonne du genre : dont l'usage était imposé par un suzerain à ses vassaux. Ses vassaux, qui, quand ils étaient colériques, étaient qualifiés de vassaux sanguins.

Comme ça, vous êtes contents, ça, c'est fait. On peut passer à autre chose.