Comme c’est étrange et comme c’est curieux comment les choses naissent… Le petit @ que l’on utilise tous ou presque depuis qu’Internet est entré chez chacun, par la petite porte ou par les fenêtres. Thru the gate or by the windows ! (comme le dit souvent Bill Gates, justement.) Pour celles ou ceux qui ne pratiqueraient pas l’anglais, il s’agissait d’anglais, dans le texte.

Ce symbole, quasiment le seul qui restait disponible sur la plupart des claviers de machines à écrire (et donc sur ceux des ordinateurs) était utilisé manuellement par les grands négociants espagnols et portugais depuis le début du seizième siècle. Tout simplement pour indiquer une unité de mesure correspondant à une petite quinzaine de kilos ou une grosse dizaine de litres, selon les régions. Par exemple, à Cadix, l’arrobe contient environ 16 litres et l’arrobe d’huile n’est pas la même que l’arrobe de vin. C’est sans doute aussi une question de masse, comme pour le kilo de plume et le kilo de plomb. Bien que là, ça puisse également se mélanger car quand on s’endurcit après sa première cuite, vers seize ans, première cuite avec 16 verres de pinard, on peut dire qu’on a pris du plomb dans l’aile et de quoi sont faites les ailes ? De plume. CQFD.

Bref, les espagnols et les portugais appellent le @ : « a enrobé », comme sa forme l’indique. De là à le déformer pour faire croire qu’il est plus mince et l’appeler alors arrobase, il n’y a qu’un pas.

Enfin tout ça pour dire que ce matin, à 5h45, dans le tram, alors que je vous écris ces lignes d’une haute portée culturelle, je me dis que franchement, je ne sais pas si on me mérite autant. Parce que moi, je me décarcasse bien plus que Ducros pour vous apprendre des choses incroyablement intéressantes et j’ai comme l’impression que cela ne sert pas beaucoup parce que vous pensez déjà à autre chose tout en lisant ces lignes : « Mais quand est-ce donc que Stéphane nous parlera-t-il de nouveau un peu de cul ? »