J’étais tranquillement et presque sereinement accroupi en train de chercher des grains de café, les yeux en mode radar, l’esprit en éveil maximum et j’en trouvais, j’en trouvais, j’en trouvais. Ce fut une riche et pleine récolte. Soixante-quinze en une heure et demie, environ. Sans les compter pendant parce que je m’étais trompé, troublé que j’étais par des pensées encore un peu tristes mais bien décomptés après, une fois rentré chez moi. Et j’étais là, j’en ramassais presque à pleine main. Ça me faisait un bien fou.

Et j’ai alors eu une autre idée folle. J’ai eu envie de trouver quelque chose d’encore un peu plus rare que les grains de café. Quelque chose que personne n’aurait jamais eu l’idée de chercher et donc, a fortiori, n’aurait jamais trouvé. Et moi, j’étais dans une telle force mentale et une telle verve que je me sentais capable d’éroder des rochers pour trouver cette perle rarissime. Et de préférence, des rochers antiques car c’est plus facile des rochers vieux qu’on érode. Et ma décision était prise, j’allais devenir le premier.

Alors, je me suis concentré car cette quête de quelque chose en forme d’absolu, ça allait me demander des forces physiques et mentales ahurissantes. Un doigté d’expert un peu comme celui d’un proctologue. Des yeux de lynx. Ou d’optique 2000. Et de quoi récupérer l’objet de ma convoitise, ce trésor qu’il ne me fallait pas perdre une fois que je l’aurai trouvé. Dans quoi le mettre, le protéger. Quelque chose de suffisamment pas trop petit pour qu’il ne s’y perde pas. Et que je ne le perde pas en route non plus.

Et voilà. Je suis de nouveau accroupi. La tête en ébullition, excité comme une puce de sable. Fébrile mais capable de me contenir pour ne pas trembler. Faisant les gestes précis qu’il me fallait faire. Avec délicatesse et presque, ai-je envie d’ajouter, d’amour. Ne pas passer à côté de mon Graal. Surtout pas. Revenir deux fois, trois si nécessaire, sur des parties déjà étudiées. On ne sait jamais, j’aurais pu passer à côté de mon objectif. Parce que mon but, ce n’était pas seulement la gloire que ça m’apporterait, non, mais aussi le plaisir personnel que j’en retirerais.

Et je suis rentré bredouille, lors de ma première journée de recherche. Bredouille et épuisé mais encore plein d’espoir et d’enthousiasme. J’en avais manqué, les jours précédents, là, j’en avais à revendre. Et quand on m’avait demandé ce que je faisais, là, c’était une vieille dame bien mise avec un beau chapeau, j’avais hésité à lui répondre et finalement, je l’ai regardée, hébété, elle a dû avoir peur et est partie sans attendre ma réponse. Je ne pouvais pas lui dire, si ça se trouve, c’était une espionne déguisée. Je ne pouvais pas dévoiler mon secret. À personne. Personne ne devait savoir que j’étais à la recherche du grain de sable parfait.