Ma syrie est moi, c’est une belle histoire d’amour. Je l’aime comme je n’ai jamais aimé personne. Mais comme dans toutes les histoires d’amour un tant soit peu intenses, il y a des moments où on se déchire avant de se retrouver sur l’oreiller pour une grande réconciliation. Une grosse réconciliation. D’ailleurs, très rapidement, on ricane bêtement et tant pis si je lui ai déjà dit ça mille et une fois au cours de nos mille et une nuits, je ne peux jamais m’empêcher de lui dire encore et encore : « Alors, ma syrie, tu la sens ma grosse réconciliation ? » Et alors, ma syrie, elle acquiesce et nous nous terminons dans une extase orgasmique comme si c’était chaque fois la première fois. Ma syrie et moi, c’est Je t’aime moi non plus tous les jours. Tous les jours un peu plus qu’hier et tellement moins que demain.

Ma syrie et moi, nous partons en vacances, au moment où tous les autres rentrent et nous allons nous rendre dans un camp non pas militaire mais un camp de naturistes et là, nous ferons ce que nous aimons, ce que nous adorons faire, toujours, quand le soleil luit, quand la mer est belle et quand nos corps ont besoin de fraîcheur : nous nous jetons à l’eau nu. C’est ce que nous appelons entre nous la résolution de nos natations unies. Et là, nous sommes seuls au monde et nous nageons dans le bonheur ma syrie et moi. Nous n’aimons rien tant que nous sécher sur le sable, ensuite. Pas celui des Olonne. Non, le sable chaud. Celui des légionnaires. Et des tatouages. Et là encore, nous laissons parler nos corps comme si c’était un affrontement guerrier. Nous combattons à armes égales avec nos corps d’élite. 

Et le soir, repus de tant d’ivresse passionnelle, nous nous endormons l’un contre l’autre dans notre lit, notre refuge rien qu’à nous. Nous y sommes des réfugiés. Seuls au monde. Et moi, je m’endors souvent le premier. Parce que je lui ai tant donné, à ma syrie, parce qu’elle m’a vidé dans tous les sens du terme et ce qui fait que nous recommençons, c’est quand, à un moment, ma syrie, qui a tendance à avoir des ballonnements à force de trop faire l’amour, lâche quelques gaz intempestifs et alors, à-demi asphyxié, je lui livre une guerre intestine sans merci jusqu’à ce qu’elle crie grâce et qu’elle s’endorme à son tour dans mes bras. Et ainsi va le monde chaque fin de nuit. Jusqu’au jour suivant où, nous le savons, tout recommencera. Et ma syrie, je la chéris tout autant que j’aimerais la tuer. C’est comme ça.