Ils étaient dix et j’étais seul. Il faisait un peu sombre, c’était pourtant en plein jour mais non seulement, il s’était mis à pleuvoir des cordes (pour se pendre ?) et là où je m’étais abrité, c’était une espèce de zone à peine éclairée par quelques points de lumière épars. Il me semblait qu’il n’y avait pas beaucoup d’issues en cas de besoin, en cas de secours. Pour couronner le tout, il faisait particulièrement froid et je ne me sentais vraiment pas à l’aise. Mais j’étais là et je devais assumer.

Au détour d’une caisse de polystyrène, j’ai entendu un gros clac. Ou un grand chlack. C’est difficile d’être très précis quand on est mal à l’aise. Et quand on a tous les sens en éveil, on en prend tellement partout que tout finir par se mélanger. C’est peut-être ce qu’on appelle un début de panique. Pour un peu, si j’avais eu de l’humour, je me serais cru dans une cellule de jeu de Fort Boyard mais non, il n’y avait aucune caméra et personne pour m’encourager ni même me crier de sortir car le temps était limite.

Ce gros clac ou ce grand chlack, ça m’a fait dresser les oreilles et j’ai ouvert la caisse devant moi. Craignant qu’il ne s’agisse d’un trafic de contrebande d’armes ou de drogue, je n’avais qu’une envie, c’était de fuir mais la curiosité a été la plus forte quand j’ai senti comme un bruit, un bruit de mouvement provenant de la caisse. J’ai délicatement soulevé le couvercle et j’ai distingué comme un bout de tissu qui au toucher, s’est avéré être plutôt du papier humidifié. Que j’ai soulevé lui aussi et là, je me suis retrouvé devant eux.

Ils étaient nombreux, tous aussi effrayants les uns que les autres, parce que je ne savais pas de quoi il s’agissait. J’ai mis la main, mû par je ne sais quel courage inconscient. Et j’ai failli hurler de peur mais au fond de moi, je savais que je ne devais pas faire de bruit pour ne pas manifester ma présence à d’éventuels indésirables. Néanmoins, dans la caisse, ça a sursauté, ça a bougé. C’était froid et ça m’a semblé bizarre mais n’écoutant que ma témérité de mec voulant savoir avant tout, j’ai sorti un de ces trucs de la caisse. Ça a remué d’un coup sec, comme un autre chlack. Et j’ai laissé tomber la chose. La bête.

J’en ai pris une autre. Et encore une autre. Et j’en ai compté dix. Dix zonards. Sans doute prêts à m’attaquer mais j’ai été surpris de voir qu’ils étaient ligotés et donc, plus inoffensifs que je n’aurais pu le croire au départ. Et pensant avoir le dessus, je les ai tous pris pour les mettre dans des sacs afin de tenter d’y voir plus clair dehors et voir ce que je pouvais en faire. Je me suis dépêché de sortir de là, comme j’ai pu. Il y faisait tellement froid qu’en sortant dehors, en plus de la pluie, il y avait du brouillard. Du moins, sur mes lunettes. Et là, j’ai couru jusqu’à une voiture. Un petit coupé noir comme on n’en voit jamais dans ces coins-là. Et là, un homme en est sorti et…                                 à suivre