Ma petite collègue Gunnhildur, je l’adore. Elle est non seulement charmante mais en plus, elle ne manque pas d’humour. Elle a une presque trentaine d’années (elle pourrait donc être ma fille) et elle est arrivée en France à l’âge de 13 ans. Elle a tout appris sur le tas et franchement, elle se débrouille plutôt bien pour ne pas être née ici. Elle n’a qu’un léger accent qui ne fait qu’accentuer le charme dont elle est déjà plutôt largement pourvue. Comme ses seins, d’ailleurs. Parce qu’elle en est aussi largement pourvue. Elle en a un peu plus qu’il n’en faut exactement là où il en faut. 

Hier, alors que, comme je le fais régulièrement quand je lui apprends des mots qu’elle connaît peu ou prou, nous en sommes arrivés à parler d’anneaux. Les anneaux d’encornet ou de calamar qui sont des produits que nous vendus tous les jours, là où nous travaillons. Et moi, fort de cette espèce de pouvoir que j’ai sur elle : je suis son aîné, celui qui en sait beaucoup plus qu’elle, je lui demande si elle connaît le pourquoi du comment de ce mot : anneau. 

Et comme elle me répond par la négative (à la limite, ça n’aurait rien changé si ça n’avait pas été le cas, j’aurais quand même trouvé le moyen de faire une pirouette et de lui sortir ma science), je commence à lui faire un cours magistral sur les anneaux. Avec un X au pluriel parce qu’on est toujours un peu sur la corde raide quand on parle d’anneaux et qu’on a l’esprit à tendance plus qu’égrillarde. Car ce X, ce n’est pas seulement pour le pluriel, c’est aussi pour le côté interdit aux moins de 18 ans de la chose en question. 

Bref. Je lui explique que le mot anneau vient de «anus », en latin et que ça signifie « rondelle autour d’un trou en son milieu » oui, oui, tout ça dans les 4 lettres du mot « anus », c’est dingue, non ? Et que si elle voulait bien s’en donner la peine, elle réaliserait que les anneaux de calamars, sont bien des rondelles avec rien au milieu. Comme les anneaux olympiques. Ces célèbres anneaux qui, jadis et vachement naguère, toujours au temps des romains, s’appelaient déjà « anus olympus.» 

Et Gunnhildur me regardait les yeux grand ouverts. La bouche en anneau. Et je voyais bien, moi, qu’elle se demandait si c’était de l’art ou si c’était cochon. Alors, j’ai continué d’enfoncer le clou. Avec cet aplomb dont je peux être capable. Et j’en suis arrivé à l’annus horribili. Qu’elle ne connaissait pas non plus. L’annus horribili, pour terminer en apothéose, je lui ai expliqué que c’était une année de merde. Une année merdique. Comme un trou du cul, ni plus, ni moins. Bon d’accord, à la fin, je lui ai quand même dit que j’avais tout inventé. Parce que j’aime bien son rire, moi, à Gunnhildur.