Il ne manque plus qu’il n’y ait plus de téléphone portable et ce sera complet. C’est fou comme on est vite désemparé pour ne pas dire perdu dès qu’il manque ce qui fait tellement partie de notre quotidien que nous n’en avons même plus assez conscience. Chez le patron, c’est toujours sans électricité (donc, sans climatisation, sans pouvoir relever les stores électriques, sans eau chaude, sans radio, télé ni Internet…) et chez moi, c’est toujours sans eau chaude et sans ascenseur. Pour le troisième jour plein consécutif. Et là, la goutte d’eau chaude est en train de faire déborder le vase.

Aux informations télévisées, hier soir, il a été clairement annoncé qu’il restait encore plusieurs milliers de foyer privés d’électricité en France mais que, hormis pour quelques coins reculés, ce serait rétabli pour tous les autres. Donc, à Bordeaux, petite bourgade perdue au bord d’un ruisseau, à quelques encablures de l’océan et de la forêt des Landes, nous devons définitivement faire partie des coins reculés de la France profonde. En réalité, c’est EDF qui nous la met profond. Parce que vous ne connaissez pas la dernière ? S’il y a quelques maisons en panne depuis samedi matin, ce serait à cause de la chute d’une ligne à haute tension. C’est ça, une ligne à haute tension qui serait faite exprès pour ces quelques maisons du centre-ville.

On n’a qu’à nous appeler pigeons, pendant qu’on y est. En tout cas, en ce qui me concerne, hier matin, je suis allé au marché de la place Pey Berland comme j’en ai déjà parlé à plusieurs reprises dans ce blog. Et je n’avais pas pris mon caddie car je ne voulais pas avoir à le porter dans l’escalier sur cinq étages vu qu’il n’y avait pas de réparation d’ascenseur prévue avant au moins lundi soir (à cette heure précise, 17h50, c’est toujours hors service) et je n’avais acheté que le minimum. Être le plus léger possible contre les lourdeurs des emmerdements.

Sauf que la vieille italienne que je n’aime pas, du troisième étage, qui donne l’impression d’être à moitié gâteuse et qui passe toujours devant tout le monde, l’air de rien et vu son âge, on ne lui dit jamais rien car ce serait politiquement incorrect. Je la vois au marché, avec son caddie et elle n’avait pas encore terminé quand moi, j’ai eu fini. Alors, je me suis dépêché à rentrer pour ne pas avoir à lui tenir la porte ni à lui porter son caddie. Mais je suis passé chez le marchand de produits italiens et j’ai acheté des gnocchis et chez le boulanger où j’ai acheté du pain.

Et elle m’a rattrapé, la vecchia. Et elle m’est même passée devant et elle commençait son ascension vers son troisième avec force gémissements et soupirs bruyants et je me suis dit que si je ne pouvais pas lui passer devant, ça allait évidemment m’énerver. Alors, je l’ai rattrapée et je lui ai dit : « je vais vous aider, vous allez à quel étage ? » « Troisième et vous ? » « Cinquième » et j’ai filé avec mes deux sacs, son caddie et ma baguette. Et elle m’a remercié. C’était la moindre des choses.  Mais je ne l’ai pas faite de gaîté de cœur, cette bonne action. Parce qu’il pesait lourd, son caddie. « Si j’avais su, je n’aurais pas acheté autant ! »Tu parles, elle savait qu’il n’y avait pas d’ascenseur, elle m’a pris pour un con. Comme les gens d’EDF. Y en a vraiment marre de tout ça.