Il y en a qui ne font vraiment aucun effort. Et je ne parle pas seulement des gens de l’EDF ou de l’ERDF. Parce que bon d’accord, nous sommes dimanche et alors ? Ça fait désormais deux jours pleins que le patron, il n’a plus d’électricité chez lui, en plein cœur de la ville, à Bordeaux, à cent mètres de la mairie et on ne peut décemment pas dire que c’est un coin paumé dans une cambrousse reculée, ah ben non, sinon, ça se saurait. Bordeaux, c’est quand même une assez grosse ville, une grosse agglomération, ce n’est pas un village perdu dans la jungle. Et je n’imagine pas Juppé habillé d’un pagne, dans sa mairie et sautant dans les arbres pour se déplacer. En plus, nous sommes au vingt-et-unième siècle. Tout ça, ça me fait penser que rien ne tourne plus vraiment rond et qu’il n’y a plus de saison, ma bonne dame.

Quand on subit une panne d’électricité, que ce soit à la campagne ou en ville, c’est extrêmement désagréable. Tout fonctionne avec du courant et les embarras consécutifs à ces pannes sont légion. Tiens pour ne parler que du patron, par exemple, déjà, il n’a plus aucun moyen de communication : ni téléphone (il faut le recharger tous les jours, quasiment, l’iPhone !), plus d’Internet, plus de téléphone fixe vu que ça fait partie d’une offre groupée chez Orange – le problème d’avoir tous les œufs dans le même panier. Il n’y plus non plus de sonnette pour avertir qu’on vient le voir. Tiens, par exemple, les gens de l’EDF, s’ils voulaient venir avertir de quelque chose, au pire, qu’ils n’ont toujours pas de délai pour le rétablissement du jus. Au mieux, pour dire que dans une heure, ce sera fait. Au revoir, pardon pour le dérangement occasionné et bonne fin de week-end. Tu parles, Charles.

Ajouté à ces déboires incommodants, il y a la perte de ce qu’il y avait dans le congélateur et dans le réfrigérateur. Et ça, en période de gens qui n’ont pas de  quoi manger tous les jours, ça fait un peu braire. Ensuite, bon, le patron il a pu se permettre d’avoir des stores électriques pour toutes ses baies vitrées et bien, comme les stores étaient baissés pendant la nuit de l’orage, ils le sont restés et ça accentue le fait de ne pas voir dans sa maison. Et il y a aussi le bassin avec les poissons, le moteur ne tourne plus et les poissons en sont bouche bée. Si ça se trouve, ils ne vont jamais s’en remettre. Les pauvres, l’eau ne circule plus d’un bassin à l’autre et donc, je suppose que l’oxygénation ne se fait plus comme elle le devrait.

À côté de chez le patron, il y a Maxence, le restaurant sympathique et plutôt bon, surtout le midi parce que le midi, c’est plat du jour dans un menu qui offre un excellent rapport qualité-prix mais le soir, tu paies le double et ce n’est pas meilleur. Bref, Maxence, il n’a pas pu ouvrir samedi midi. Au bout de deux jours, il a dû jeter toutes ses réserves, celles qui étaient dans les frigos, congélos et autres chambres froides plus très froides. Et demain, il ne sait pas s’il pourra ouvrir, il ne sait pas s’il doit prévoir des achats, bref, il est dans l’expectative et il subit une perte d’exploitation qui, encore une fois, en plein centre-ville semble plus inacceptable de nos jours que si c’était au sommet d’une piste de ski en pleine montagne, là où c’est difficile de venir réparer.

Donc, le patron, il a fini par abdiquer et il est parti pour ne plus avoir à subir tout ça. Et moi, moi, dans mon immeuble, d’une cinquantaine d’appartements, samedi matin, juste après le gros de l’orage, j’ai pu prendre ma douche à 3h10 de la nuit, prendre l’ascenseur à 3h30 et en revenant, vers midi, plus d’ascenseur et plus d’eau chaude. Et là, nous sommes dimanche soir et rien n’est rétabli non plus chez nous. Je suis à deux cents mètres de la mairie, moi. Donc, toujours pas en zone reculée. Eh bien, on prend son mal en patience. Le pire, c’est que dans l’après-midi, en revenant de déjeuner, on n’avait plus d’électricité dans l’escalier non plus. J’en ai un peu marre de ne plus pouvoir prendre de douche autrement que froide, de ne plus pouvoir faire de vaisselle normalement et de ne plus avoir de jus. Vivement le retour au silex, au boulier et aux signaux de fumée, tiens.