Certains samedis sont plus actifs que d’autres alors que ces mêmes samedis sont plus fatigués à la base. C’est-à-dire que dès le lever, au petit matin, pas même aux aurores puisque je suis un anté-potron-minet et on pas un poltron miné car s’il y a bien des choses qui me minent, on ne peut pas dire qu’elles me font peur pour autant. Je suis un bon petit soldat, moi. J’avance coûte que goûte, vaille que vaille et tant bien que mal pour le petit mâle que je suis. Petit mâle. Plus petit que mâle, j’en ai conscience mais il faut se méfier des gens petits, on croit qu’ils sont loin alors qu’ils sont peut-être tout près.

Je me suis donc levé las comme asthénique et non pas ici comme l’impératrice et justement, c’est à ça qu’on voit que je suis vraiment fatigué, je dis tout et n’importe quoi mais avec un fond intelligent malgré tout car l’un n’empêche pas l’autre et surtout, il ne faut jamais succomber aux charmes de la complaisance tout en conservant une certaine faconde. Et garder l’esprit fécond. Car, finalement, je fonctionne au radar et c’est pour ça que même au trente-sixième dessous de ma forme physique, je peux vous en faire voir trente-six chandelles avec mes circonvolutions idéelles.

Tout d’abord, on pourrait penser que je donne l’impression d’être plein d’anfractuosités, parfois à outrance mais pourquoi pas, si ça fait plaisir ou si ça rassure ceux qui ne parviennent pas à me suivre. De toute façon, je ne suis pas contre ces concavités de mon essence spirituelle et quand bien même, je ne suis pas de ceux qu’on vexe avec ça. Je suis comme je suis, chantait Juliette Gréco et je pourrais fredonner ces paroles en les prenant à mon compte, bien souvent. Je pense comme je pense et je suis comme je suis. Descartes sur table. Comme une réussite, en quelque sorte.

Je suis en roue libre, ma pensée vagabonde et je suis sans idée fixe. Suis-je en train de raisonner ou de déraisonner ? La question résonne dans ma tête en écho à mes propres doutes et se répète à l’infini en s’ouvrant sur les voies de la discontinuité perpétuelle. Je saute du gallus à l’asinien comme Tarzan de liane en liane. Je vais de paradoxe en paradoxe mais j’assume mes choix même s’ils viennent très souvent de mon inconscient. Ce sont elles qui m’ont choisi mes théories fantaisistes.

Je comptais peu ou prou parler de tout ce que j’avais pu faire depuis ce matin, quand je me suis levé à 3h10 avant d’aller travailler et qu’il faisait encore plutôt nuit et encore humide de cet orage tonitruant d’hier soir, de tout le travail que j’ai abattu de sang-froid à mon boulot, de ces siestes que je n’ai pas pu faire, jamais abouties car comme l’électricité chez le patron, tout le temps en dérangement. Comme un esprit déséquilibré mais je me suis raccroché aux branches de mon écorce vive. Tout va bien.