Il n’y a pas que dehors que c’est la canicule et que c’est sec comme un coup de trique. Depuis ce matin, c’est aussi la sècheresse dans l’immeuble. La vallée de la mort dans la résidence. Aucun point d’eau n’est désormais accessible jusqu’à nouvel ordre. Tout ça parce qu’un technocrate a voulu bien faire en programment en plein mois de juillet des travaux de pose de compteurs d’eau individuels pour les magasins du rez-de-chaussée. Ça fait plus de cinquante ans que l’immeuble a été construit, on a vécu sans compteurs individuels pour les magasins depuis tout ce temps-là, on ne me fera pas croire qu’on n’aurait pas pu prévoir ces travaux à une date où, potentiellement, ça aurait été moins emmerdant par rapport à la saison. Parce que, même si on a eu un printemps pourave, on pouvait espérer un bel été, un beau mois de juillet. Tous les espoirs étant permis, ils se sont réalisés a contrario des promesses électorales car non seulement, cet été est très beau mais il est même carrément trop chaud. Alors, pour les travaux de plomberie qui nécessitent une coupure générale de l’eau dans tous les appartements, on aurait vraiment aimé que ça soit à un autre moment.

Du coup, je le savais puisque c’était prévu mais ça m’a contrarié bien plus que de raison, ce matin et forcément, ça m’a fait des auréoles sous les bras comme si j’avais besoin de ça. Déjà que j’ai dû courir place Gambetta pour aller faire revalider ma carte de transports et on n’a pas pu me le faire à cause d’un problème informatique avant de courir place des Quinconces pour la même chose et là, j’ai dû attendre car une jeune nana de vingt ans a fait un malaise et les deux guichetières ne pouvaient s’occuper que de la malade, moi, j’aurais pu m’évanouir sur place, manifestement, je comptais pour du beurre fondu. Après, je suis remonté jusqu’à Gambetta et redescendu jusqu’à Mériadeck, en tirant mon caddie pour les courses du lundi matin. Une épreuve, c’est moi qui vous le dis. Et j’ai fait le tour des rayons d’Auchan et je suis rentré en tram. Il n’aurait plus manqué qu’il soit en rade, lui aussi. Une éclisse usagée, par exemple… Une éclisse de soleil, en ce moment…

Je suis arrivé chez moi en nage, comme un homard cuisiné de la même façon, aussi rouge et un peu exténué. Oui, parce qu’on le sait peu mais les homards, quand ils sont cuits, ils ne sont pas que rouges, ils sont aussi passablement fatigués pour ne pas dire crevés. Il est très, très difficile de les réanimer. C’est pour ça qu’on finit toujours pas les manger, que voulez-vous, on ne va pas les laisser dans cet état-là, si ? Bref, je suis rentré en nage et je n’avais même pas la possibilité de prendre une douche. Ben oui, la coupure d’eau. Et j’ai encore pesté et j’ai encore été inondé sous les bras. Et dans le cou. Et alors, je suis parti à la salle de gym où j’ai fait un peu de cardio et un cours de C.X.Works avant d’aller plonger sous la douche et de rentrer de nouveau chez moi. Où l’eau était rétablie. Ah oui, parce que vous ne connaissez pas la dernière ? Ils n’avaient pas prévu la place pour les compteurs. Donc, la coupure a été inutile. Il y a des claques qui se perdent, c’est moi qui vous le dis.