Peut-être que ce n’est pas assez intellectuel, comme film mais peu importe. L’essentiel est que je m’y sois bien amusé, en y allant, hier. Et même mieux, entre deux éclats de rire, un peu de nostalgie est venu me chatouiller le cœur et l’esprit et je me suis revu enfant, dans les années soixante, devant la télé en noir et blanc et qu’on n’avait pas le droit de la regarder tous les soirs, en tout cas, jamais tard car après Bonne nuit les petits, c’était justement bonne nuit les petits, le câlin du soir et on éteint la lumière. Je suis donc quasiment sûr qu’à vingt heures, nous devions être en train de dormir ou pas loin s’en faut.

Nous avions le droit de regarder la Piste aux Étoiles, certains dossiers de l’écran (surtout quand notre instituteur le conseillait – je me souviens en particulier d’une soirée sur Gutenberg – il faut dire que nous n’étions pas abreuvés d’images, en ce temps-là et donc, c’était plus marquant pour nous que pour les jeunes d’aujourd’hui…) et aussi, de temps en temps, du catch. Car chez les Girault, dans les sixties, nous étions une famille modèle avec 2CV, appartement tout confort, télé noir et blanc, baignoire sabot et ballon d’eau chaude dans la cuisine. Pas encore le téléphone, une denrée extrêmement rare, trop rare pour nous. On pouvait largement s’en passer, d’ailleurs ?

Et je disais donc que nous aimions regarder le catch. En famille, oui : mon père, ma mère, mon frère et moi. Et c’était toujours un moment de plaisir et de partage. Et nous vibrions devant les malheurs ou les victoires des gentils et nous pestions contre les méchants masqués. Avec le temps, va, tout s’en va, même les plus chouettes souvenirs et ainsi va la vie, je n’ai plus jamais revu de catch après que nous ayons quitté Senlis pour un retour aux sources, à Saint-Maixent. Et là, je n’ai aucun souvenir de catch télévisé en famille. Donc, ça remonte bien à avant mes dix ans.

J’avais dix ans, je sais que ce n’est pas vrai mais j’avais dix ans et si tu m’crois pas, hey, t’ar ta gueule à la récré. Eh bien, hier, à la séance de 13h10, salle 7 de l’UGC Cité Ciné de Bordeaux, j’ai pris mon pied devant quatre actrices qui se sont éclatées dans un film pas crédible pour deux sous mais putain, qu’est-ce qu’on s’en fout, que ce soit réaliste ou pas. J’ai bien ri, j’ai vibré, je savais qu’il y avait foultitude de trucages et que le scénario était cousu de fil blanc. Pas grave. Même pas peur et même pas mal non plus. J’y suis allé pour me détendre, je n’ai pas vu le temps passer et j’ai tout oublié même la canicule dehors. J’étais bien, j’avais envie de devenir copain avec la bande des quatre tarées.

Wonder Colette, Calamity Jesse, Rosa Croft et Kill Biloute, je vous ai littéralement adorées, de préférence avec un écran de cinéma entre nous parce que sinon, vous croiser au détour d’une ruelle en pleine nuit ou dans la chaleur alcoolisée d’une piste de danse dans un night-club, brrr, pas vraiment envie. Non, juste envie d’être votre pote, rien de plus, rien de moins et surtout, je ne cherche pas la bagarre, non, juste à déconner avec vous car, nom de Dieu, ça fait du bien, oui, ça fait du bien de ne pas se prendre la tête. Et de se laisser aller. Et de jouer à catch-catch avec vous. Et pour ne pas vous contrarier, je veux bien être toujours celui qui s’y colle.