J’ai appris ça dans un magazine de cuisine. Je sais que j’aurais pu frimer et vous faire le coup de celui qui l’a fait lui-même, comme ça, pour tenter une expérience mais non, je l’ai lu dans le dernier numéro de Maxi Cuisine, le 81, daté de juillet-août 2013, celui avec les farcis du sud en couverture. Et l’information dont il est question se trouve en page 4, dans une espèce de rond vert pour bien accrocher l’œil et le lecteur (en général, ils vont de pair) et j’avoue que rien que le nombre : 720, ça m’a intrigué. Et dès la première phrase du tout petit article qui en compte deux, j’ai eu envie de savoir, d’en savoir plus. De ne pas mourir ignorant. Alors, avant de le commenter, voici l’intégralité de ce minuscule (comment veux-tu ?) article de presse spécialisée :

« 720 : c’est le nombre de gouttes contenues dans une bouteille de Tabasco (57ml). Quelques gouttes de ce condiment pimenté, créé aux États-Unis en 1868, suffisent à relever les plats. » Fin de citation. Pas un mot de plus. Pas d’autre information, l’essentiel est là, en deux phrases bien concises mais pas tant que ça puisqu’une seule aurait largement suffi. Si on s’était arrêté à « 57ml », avait-on réellement besoin d’ajouter la phrase suivante. Qui ne connaît pas le Tabasco ? Est-ce que ça sert en soirée de savoir que ça a été créé en 1868 ?

Non. Mais de savoir qu’une petite bouteille de 57 ml contient 720 gouttes de ce produit qui arrache la gueule aux sensibles des papilles (les papilles de la Nation ?), je pense que ça, ça force l’admiration et je me vois, moi-même, lors d’un prochain pince-fesses, en train de déguster un mini gaspacho que l’une de mes voisines trouvera un peu trop épicé pour elle et un autre invité de sortir, non sans une certaine assurance : « il doit y avoir du Tabasco, c’est ça qui est fort. » « Vous croyez ? » « Je m’y connais en Tabasco, permettez-moi de me présenter… »

Et moi, de ronger mon frein en me demandant si je dois intervenir ou pas. M’en foutre ou pas, telle est la question, la cruelle question débouchant sur un tout autant cruel dilemme. N’en pouvant jamais beaucoup plus que ça, je m’empresserai de reprendre la main sur l’autre dragueur et je leur dirai à tous les deux : « vous savez qu’une petite bouteille de Tabasco contient 720 gouttes ? » Et là, on me regarderait avec cette espèce de fascination admirative qu’on ne réserve qu’aux plus grands (et je ne parle pas que de leur taille) et je tournerai les talons pour les laisser s’interroger sur qui je suis, ce que je fais et comment je peux en savoir autant.

Et l’autre dragueur, je l’imagine voulant me piquer une partie de mes connaissances et, pour être vraiment sûr que ce n’était pas un gag, dès le lendemain, achèterait une petite bouteille de Tabasco et s’amuserait à la vider dans plusieurs verres afin de pouvoir en compter les gouttes. Pas plus de 100 par verre. Ça fait environ sept ou huit verres pour le décompte. Et je lui souhaite de ne pas se tromper, sinon, il devra aller acheter une autre petite bouteille et recommencer. Tout ça pour draguer une nana qui, finalement, s’en foutait. Bah, ça mettra un peu de piment dans son existence.