J’ai encore un peu mal au ventre et je me sens tout rêche, surtout au niveau du bedon. Du coup, j’ai acheté plein de choses, conseillées par le patron, par l’herboriste de la rue Bouffard, par le remplaçant du docteur Hellali et j’ai fait un peu de médecine divinatoire dans mes entrailles dont le fruit est toujours béni, oui, oui, afin de savoir si ça allait durer et durcir ou s’amollir tout en s’amenuisant. Et là, j’attends comme on attendrait un train de banlieue un jour de grève : rien ne se passe et on attend. On attend. On attend. On attend. On attend. On attend. On attend. Et si j’en ajoute encore quelques-uns, ça pourrait faire le refrain d’une chanson de Johnny Hallyday et franchement, si on m’avait dit un jour que j’évoquerai le rocker zombo-décati et bien, je ne l’aurais pas cru mais je suis comme ça, moi, tout en fulgurances et en jaillissements. Sans aucun contrôle. Et parfois, d’un coup de langue de vipère, schlak schlak, je crache mon venin, râpeusement mais sans agressivité, juste un peu d’acerbité fielleuse. Parce que quand j’ai mal au ventre, je n’ai pas forcément envie d’être gentil. 

J’ai toujours encore un peu mal au ventre et je suis sûr que j’ai la peau toute rêche à force de douleurs, de contractions et de lancements. Et du coup, je n’ose même pas me frotter le bedon de peur de me faire encore plus mal ou de sentir des choses qui ne sont pas certaines de me faire plaisir. C’est vrai, quoi, imaginez un peu que je sente comme un alien boursouflé et répugnant, conçu dans je ne sais quelle immaculation après tous ces tableaux mystiques vus à Florence, Sienne et Pise, allez savoir si j’en aurais pas pris un peu sur moi sans que je ne m’en rende compte. Alors, si ça se trouve, les graines de lin de l’herboriste, sa mixture à base de camomille, de basilic, de mélisse et de marjolaine tout comme le Colocynthis 9CH de la pharmacienne, tout ça, ça ne me servira à rien si c’est la faute à quelques éclaboussures d’un ange Gabriel qui me fait encore une fois penser à Johnny et là, j’avoue que ça commence sérieusement à m’agacer. Donc, je recommence à avoir envie de bêtise et de méchanceté. Calme-toi. Pense à la camomille… 

J’ai encore et toujours un peu mal au ventre mais ça commence à se calmer, comme sur la mer du même nom, mais si, y en a qui la connaissent, je le sais… Oui, c’est ça, je veux parler de Cio-Cio-San, voilà, vous voyez quand vous voulez, il suffit juste de faire un petit effort et ça m’enlèvera du stress inutile car le mal de ventre et l’humeur rêche, c’est souvent dû à du refoulement d’énervement et dans mon cas, d’un stress doublé d’une forme d’éréthisme mondain. Et moi, quand je fais de l’éréthisme, je ballonne et ce n’est pas la vierge Marie qui me contredira, elle aussi, elle a dû prendre du Spasfon pour contrecarrer les contractions de son utérus inséminé par une voie spirituelle. Elle aussi, oui, elle a dû ballonner sinon, c’est trop facile, t’es enceinte et tu ballonnes pas, non mais allo, quoi ! Enfin, donc, puisqu’on en est arrivé là, je vais essayer de conclure en disant que j’ai mal au ventre et j’ai l’humeur revêche. Si je contracte tout ça, ça fait ventrèche. Et ça, c’est plutôt sympa, à la plancha, en été. Il m’a dit de manger un peu de gras, l’herboriste. Je pense que je vais l’écouter.