Au bureau, j’étais en forme intellectuelle, hier. Parce que j’ai une collègue qui s’appelle Bœuf. Je ne dirai pas son prénom car je ne voudrais qu’elle m’attaque pour diffamation, injure sur l’intégrité physique ou humour bête voire méchant. Non, je ne serai pas méchant. Et ce n’est pas de ma faute, si je suis bête, c’est elle qui a commencé puisqu’elle porte un nom d’animal. Mais curieusement, s’appeler Bœuf pour une femme, qui plus est, mariée, c’est probablement moins pire que s’appeler madame Vache. Voire, mademoiselle Génisse. Surtout si c’est une vieille fille. Mais ça, c’est un autre sujet. 

Je disais donc qu’hier, j’étais en verve humoristique. À mon goût, en tout cas. Parce que j’ai une autre collègue qui s’appelle Cresson. Elle aussi, elle est mariée. Elle est d’origine italienne mais je doute que son nom vienne de là-bas à moins qu’il ne se prononce Crrressonne. En roulant les « r » comme Alessandro, à l’accueil de l’hôtel Athena à Sienne. La môme Piaf, à côté de lui, c’est de la roupie de sansonnet. À peine une groupie de sansonnet. Et donc, ma collègue Cresson, je ne dirai pas son prénom, non plus. Pour conserver un minimum d’anonymat. Et préserver sa dignité. 

Sa dignité ? Mouais. Si encore elle ne s’était pas décoloré les cheveux d’un tel blond qui dépareille complètement de tout son personnage… Mais j’avais promis que je serai plus bête que méchant. Alors, pas de salade entre elle et moi. Alors, comme les deux font la paire et qu’elles sont venues nous dire bonjour à tour de rôle, presque successivement, il devenait alors évident que je ne pouvais pas passer à côté d’une saillie. Verbale, attention, la saillie. Pas physique. Non, queue nenni ! Je n’étais pas en verve sexuellement parlant. Nom d’une pipe ! 

Et voilà où je voulais en venir, le temps de faire les présentations, maintenant, je suis prêt à vous sortir ce que j’ai sorti à Audren et à deux ou trois autres comme à chaque fois que je suis content de moi. Parce que bien souvent, je suis capable de me faire rire tout seul. Parce que je me trouve drôle. Et parce que je trouve que j’ai du talent et pas seulement parce que je suis bon public. Or donc, voilà madame Bœuf qui vient nous saluer et qui s’en repart au siège, l’autre partie des locaux. Et soudain, je dis à mon collègue : « Un nouveau scandale sanitaire et alimentaire : madame Bœuf a une culotte de cheval ! »

Après nous être esclaffés tous les deux et nous être remis au travail, surtout Audren, parce que moi, je suis allé raconter ma blague à tous mes collègues préférés, ceux qui comprennent mon humour. Du plus fin au moins fin. Et en fin de matinée, alors que nous allions débaucher et que se profilait à l’horizon un déjeuner des plus mérités, je venais d’établir une facture à ces deux dames, celles que je vous ai présentées dans les paragraphes 1 et 2. Avant de leur porter, j’ai demandé à Audren s’il avait faim. Il m’a répondu « non », je lui ai demandé de me répondre « oui », je lui ai redemandé s’il avait faim, il m’a alors répondu spontanément « oui » et en lui posant les deux factures sur son bureau, je lui ai dit : « Tiens, prends du bœuf au cresson ! » Applaudissez. Je vous remercie du fond du cœur.