Nous nous sommes connus assez jeunes et il était midi, dans le sud de la France. Nous étions encore au lycée. Nous avons sympathisé et nous aimions bien passer du temps ensemble. C’était à Aix-en-Provence. Une ville bien agréable. Ses parents tenaient une pâtisserie et c’est là que j’ai appris à goûter de gâteaux, à goûter des gâteaux le plus dans toute ma vie puisque quand nous rentrions après les cours, nous passions dans le magasin de ses parents et nous prenions soit des gâteaux familiaux soient des individuels. Et à force, tout en récitant nos leçons, les yeux dans les yeux et tout en faisant nos devoirs, nous dévorions nos brioches au beurre, nos choux, nos meringues, nos tartes et tartelettes, nos millefeuilles et autres petits fours qui nous laissaient les mains toujours un peu collantes et sucrées. 

Nous aimions être ensemble, tout simplement parce que c’était chacun de nous, l’un et l’autre, l’un pour l’autre, la première histoire d’amour de toi et moi, forcément la plus belle parce que la première est toujours la plus belle et celle-ci baignait dans tant de douceurs et de miel que c’en était la lune presque tous les jours. Chaque fin d’après-midi était comme une nuit de noces avec sa pièce montée, sa nougatine et ses crèmes au beurre de différents parfums comme on ne s’en lasse pas quand on aime s’enlacer lors des premiers émois. Et toi. Nous ne repaissions jamais de nous et l’un avait toujours faim de l’autre, l’autre étant toujours la gourmandise préférée de l’un. Le temps a passé comme un éclair, comme tout temps de jeunesse. 

À force de faire la navette à l’anis entre le lycée et la pâtisserie de ses parents, malgré nous, une certaine lassitude s’est installée au creux d’une routine en forme de cœur de palmier. Et alors, les cannelés, les biscuits roses, les croquants et les Spéculoos ont fini par nous laisser babas. Et le temps à fait son travail de sape et ses parents ont déménagé, j’ai arrêté de manger des gâteaux et des sucreries. Je n’y arrivais plus et j’ai même fini par faire des bêtises, en allant m’installer à Cambrai pour l’oublier et revenir à une vie moins édulcorée. Je suis même allé en Italie mais j'ai refusé les cantucci al vino santo et les ricciarelli. Rien n’y a jamais fait, quand je repense à la spécialité de ses parents, je repense toujours à mon ex, parce que les calissons de mon ex, c’était quand même du nanan.