D’abord, la sensation est plutôt sympathique. Se retrouver assis dans le Grand Théâtre de Bordeaux, c’est toujours un plaisir surtout quand on est bien coiffé, comme je l’étais hier soir, avec une tenue un peu appropriée, tout en noir et camaïeu de gris, avec mes lunettes de soirée et avec mes quintes de toux que j’exprimais le plus politiquement correct possible, c’est-à-dire, en mettant bien ma main devant ma bouche et en faisant attention à ne pas expectorer trop fort pour ne pas déranger mes congénères tous aussi bien mis les un(e)s que les autres. Ça, c’est pour le cadre, l’ambiance, les dorures et le lustre patiné de cette salle à l’ancienne. 

Avant même le lever de rideau, puisque celui l’est déjà, levé, nous voyons devant nous la façade d’un immeuble un peu genre HLM, les musiciens de l’orchestre sont déjà dans la fosse à accorder leurs instruments et pendant ce temps-là, les spectateurs arrivent, cherchent leurs places, font se lever ceux qui sont déjà assis mais comme par hasard, ce sont toujours les premiers arrivés qui ont les places en début de rangée. D’autres sont en train de chercher à voir où se trouvent leurs amis, salués dans le hall principal et ils se sont promis de se voir à l’entracte, promis. D’autres encore se font un signe de tête car ils ne se connaissent que de vue. Le brouhaha est un peu général. 

La sonnerie retentit et chacun sait qu’il doit regagner sa place car on n’attendra pas les retardataires, les lumières baissent d’un ton alors que les musiciens, au contraire, haussent le leur car ils sont encore un peu plus nombreux à accorder leurs violons au lieu de s’engueuler, on ne lave pas son linge sale en public. Une voix enregistrée nous demande très poliment et presque suavement (était-ce utile, cette suavité ?) de ne pas filmer ni photographier la représentation et nous rappelle que tout le monde doit absolument éteindre son portable. Même les plus nantis qui ne sont pas au-dessus des lois, bien entendu. Ça, c’est moi qui l’ajoute car la dame ne le dit pas. Nous sommes sous une présidence socialiste mais la transparence ne va pas jusque-là. 

Le chef arrive. Le public l’applaudit et le monsieur salue la salle et fait signe aux musiciens que bonjour et grand merci d’être venus, nous allons commencer. Car un chef d’orchestre, ça parle le langage des signes, pas celui des sourds et muets, non, le langage des signes musicaux et mène son petit monde à la baguette. Un silence s’établit et chacun retient son souffle et moi, je demande dans ma tête à ma gorge que celle-ci se tienne bien. C’est l’introduction. C’est le moment où les choses vont être dévoilées, c’est toujours un peu magique. Car l’immeuble HLM qui était devant nos yeux va se lever, en fait, c’était lui le rideau de scène et faire place à l’intérieur d’un bâtiment à deux étages avec deux boutiques au rez-de-chaussée et deux appartements au premier étage. 

À partir de là, ce ne fut qu’une succession d’effets visuels, de chants, de comédie, de bouffonnerie, de danse, de musique, de folie, d’effets spéciaux et de retours à la vie de célébrités et pas des moindres. En effet, pendant qu’Orphée descendait aux Enfers pour retrouver son Eurydice, nous avons vu les Dieux bien fatigués en maison de retraire, certains bien grabataires et nous avons eu la surprise de voir apparaître certains chers disparus : Marilyn Monroe, Andy Warhol, Claude François, Lady Diana, Michael Jackson mais aussi, Adolf Hitler, Kadhafi, Staline et j’en passe. Ce fut un tourbillon comme toujours avec Laura Scozzi. Le spectacle est parti en vrille et ce fut un régal de drôlerie et de trouvailles. 

http://www.youtube.com/watch?v=9ANny1oH3qE

http://bordeauxenvue.com/bordeaux-news/192-orphee-aux-enfers-1ere-francaise

Après, nous sommes allés dîner à l’Orléans, depuis le temps que nous n’y étions pas allés. Pardon ? L’interprétation vocale ? Eh bien, à l’Orléans, seul Jean-Marie a pris un dessert. Un millefeuille de chez Valantin. Lui, au moins, il méritait d’être applaudi. Pas trop sucré donc pas écœurant, une espèce de nappage au caramel sur le dessus. Mais pas comme un glaçage de religieuse ou d’éclair, non, un caramel un peu craquant comme une fine pellicule, comme un voile croustillant. Quelque chose qu’on peut trouver sur certaines pièces montées. 

Et j’ai réussi à me coucher un peu avant minuit, ce qui était indispensable parce que le samedi matin, je me lève à 3h45. Oui, je sais, pourquoi y vais-je aussi tôt, le samedi matin ? Parce que, ce jour-là, je vais travailler en voiture alors que les autres jours, non, je prends le tram. Et tant qu’à faire, si j’y vais en voiture, ce n’est pas la peine de partir à la même heure que si j’y allais en tram. Et parce que le samedi, ça me permet de terminer avant midi, du coup. Et non, je n’ai pas aimé les voix, hier soir. Voilà, c’est dit. Mais ça me gêne un peu. Moi, si vous n’aviez pas insisté, je n’aurais rien dit.