C’est pas moi qui le dis, c’est le dicton. À ce qu’il paraît, la critique est aisée mais l’art est difficile. Qu’en est-il alors de l’art de faire une bonne critique ? À condition que l’on définisse ce qu’est une bonne critique, au départ. Alors, au départ, y avait rien. Et Dieu s’est dit que « tiens, si je faisais quelque chose ? Oui mais quoi ? » Alors, Dieu s’est gratté la tête, probablement que quelques pellicules sont tombées et il s’est dit « je vais créer l’homme à mon image, lui donner une femme et ils inventeront le cinéma. » Comme quoi, les pellicules, ça peut donner des idées. 

Et au bout du septième jour, comme Dieu s’ennuyait (il faut dire qu’il ne se passait pas grand-chose dans le film que tournaient Adam et Ève, qui plus est, dans leur propre rôle. Alors, Dieu se dit que franchement, ils auraient pu se casser et en même temps, ça l’agaçait de devoir commenter ce qui n’était, somme toute, que son œuvre. On ne peut pas être juge et parti donc, il s’est dit, je vais inventer Télérama et comme ça, j’aurais les critiques de tout chaque mercredi, même les abonnés, ils ne les liront pas avant ceux qui l’achètent en kiosque. Na ! 

Et mercredi dernier, Dieu, il a eu un choc en découvrant que le gars (ou la nana) qui écrit les critiques (qui écritique, quoi !) dans Télérama, il a même pas le courage de ses opinions, car il signe pas ses papiers. Ça fait déjà un moment que Dieu, il a des doutes et quand Dieu a des doutes, il dit tout le temps : « mon Moi, un doute m’habite ! » et là, il a eu la confirmation de ce qu’il pressentait déjà depuis un moment, à savoir que chez Télérama, ils pensent avoir la science infuse mais en réalité, pas vraiment. Tout dans la gueule, c’est tout. 

La preuve ? Dans le dernier numéro (3298 du 30 mars au 5 avril 2013, 2.50€), pages 48 et 56. Deux films mal critiqué, à mon avis : « les amants passagers », le dernier Almodovar et « une chanson pour ma mère », le premier Joël Franka. Un page pleine pour le premier et 6 lignes sur une seule colonne pour le second. Un bonhomme qui sourit pour le premier et un bonhomme qui fait la gueule pour le second. Un parti pris d’encensement pour l’un et un parti pris de destruction massive pour l’autre, je vous laisse deviner lesquels et dans quel ordre. 

« Les amants passagers » : un film d’Almodovar, ça s’attend et quand on apprend qu’il en sort un et qu’on nous promet du déjanté et du n’importe quoi, à condition que ce soit un peu baroque et provocateur, comme il l’était à ses débuts, on se réjouit déjà rien qu’à l’idée de le voir. Je m’en suis léché les bobines de film mais le soufflé est retombé à peine sorti du four et en plus, il était d’un insipide comme rarement. Et c’est d’autant plus désagréable que tu penses venir manger épicé et tout est fade et inconsistant. 

Alors pourquoi Télérama a choisi de qualifier ce film de bon film voire de très bon film ? Ne me dites pas, celles et ceux qui l’ont vu, que vous avez trouvé ça bien, je ne pourrai pas le croire. Moi, je m’y suis ennuyé à somnoler et j’ai à peine esquissé quelques sourires. Mais toutes ces histoires de bites à sucer, j’en ai eu vite marre. Et surtout, je cherche encore l’histoire. Alors que pendant ce temps-là, le petit film de Joël Favreau, sur l’histoire de cette famille de fermiers belges qui kidnappent Dave pour l’offrir en concert privé à la mère mourante, ce petit film, il rame pour avoir un bon papier. 

Et pourtant, est-il plus mauvais que l’Almodovar ? Que nenni, bien sûr. Le Favreau ne m’a pas fait regarder ma montre une seule fois. J’ai souri, j’ai ri, j’ai été ému, j’ai été intrigué, parfois, j’ai trouvé ça facile et un peu gros mais ça s’est tenu et Dave à contre-emploi dans son propre rôle, c’est croustillant. Bref, j’ai largement préféré celui-ci. Et de deux choses l’une, soit chez Télérama, ils ont inversé les critiques, soit ils sont devenus politiquement corrects d’une façon désespérée. J’en envie de leur dire. Et d’ajouter qu’il vaut mieux aller voir le film de Favreau et oublier celui d’Almodovar qui n’attend pas après pour bien vivre.