Je viens d’en apprendre une bien bonne puisque je viens de découvrir que contrairement aux apparences, je ne travaille pas que dans le poisson (attention, ce n’est qu’une image, bien sûr, car je n’entre dans aucun bête à nageoires, c’est juste que je travaille chez un mareyeur, pour ceux qui ne le sauraient pas, s’il en reste) mais aussi dans les ordres (contrairement aux apparences, comme s’en plaint souvent le Président) et j’avoue que j’en suis le premier surpris, moi, le croyant en pas grand-chose, le presque agnostique et le mi païen.  

Tout ça n’est qu’une question d’étymologie et parfois, on ferait mieux de ne pas regarder où on met les pieds, ça éviterait de tomber de haut et de s’en prendre une sur la caboche. Parce que moi, jusqu’à ce matin, en ce dimanche matin de Pâques, alors que j’ai fait comme tout le monde, j’ai dormi une heure de moins et que ça me chiffonne, vous pouvez pas savoir combien, jusqu’à ce matin où j’ai eu la révélation et pourtant, les voies de Dieu me sont souvent impénétrables.  

J’étais là, dans ma cuisine à préparer le début de ma préparation pour le déjeuner de ce midi, où nous ne mangerons pas d’agneau ni avec Pascal ni avec personne d’autre qui aurait un nom proche de celui-ci et encore moins avec une quelconque autre tierce personne car notre déjeuner de Pâques, au Président et à moi, il n’est pas comme le bon pain, il ne se partage pas. Non, nous allons tout simplement prendre un steak-frites avec un verre de vin pour Lui (buvez, ceci est son corps) et de l’eau filtrée pour moi.  

Et tout d’un coup, alors, que quelque part dans ma tête, il était vaguement question de poissons, peut-être de mon boulot ou de je ne sais quelle coque à l’âne (les méandres de mon esprit saint dans un corps tout aussi saint, normal après une semaine sainte), j’ai compris. J’ai tout compris. Un mareyeur, c’est quelqu’un qui négocie (achète et vend) du poisson et des fruits de mer. Les fruits de mer, ce sera pour une autre fois, une autre réflexion mais le poisson, ça vient bien du grec « ichtus », comme son nom l’indique ?  

Et en même temps que je me disais ça, à voix mi haute, mi basse (oui, parce que j’aurais pu me parler à voix totalement haute ou carrément rien que dans ma tête mais zut, j’existe, aussi, donc, j’ai le droit de me parler sans le faire trop fort pour ne pas déranger autrui en ce jour de recueillement), donc, je me faisais ma petite messe basse tout seul devant mes plaques de cuisson et en même temps que je me disais que « ichtus » ça voulait dire poisson, j’ai réalisé que c’était aussi un acrostiche religieux ou un sigle biblique.  

Et là, j’ai eu la confirmation de tout, comme une claque sur la figure : Jésus Christ, fils de Dieu et Sauveur ! Mais en même temps, les sigles ou les acrostiches, tu peux aussi leur faire dire ce que tu veux. Mais là, non, c’est d’une flagrance qui me trouerait le cul si le travail n’avait déjà été aussi bien fait par le doigt divin au moment de ma création. Parce que, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, Jésus Christ, fils de Dieu et sauveur, en grec, ça se dit et ça s’écrit : « Iêsous Christos Theou Uios Sôtêr »  

Et si ça, c’est pas une preuve, je vois pas ce qui pourrait faire mieux. Vous n’avez rien remarqué dans la traduction en grec ? Regardez bien, regardez de plus près, droit dans les yeux de ces cinq mots… Alors ? Et oui, les initiales de chacun d’eux, mises bout à bout, ça fait « ichtus » à deux ou trois lettres près comme c’est peu ou prou la règle dans les acronymes. Donc, CQFD. Et que personne ne l’oublie, le dimanche, à Bordeaux, c’est peut-être le jour du mareyage.